vendredi 17 avril 2009
Les monologues voilés - Adelheid Roosen.
Adelheid Roosen, metteuse en scène hollandaise, auteur dramatique, a joué dans "Les Monologues du vagin". Cette pièce a suscité chez elle l'envie de donner la parole à 70 femmes d'origine musulmane vivant aux Pays-Bas. Conséquence de ces interviews : 12 monologues incisifs, surprenants, drôles, interpellants, tragiques. Cette pièce, d'abord créée et présentée en français au Théâtre Poche de Bruxelles (une reprise aura lieu en 2010), tourne actuellement en Wallonie. Elle s'est jouée et se joue à Berlin, Boston, New-York ... Dans cette version, il s'agit de trois comédiennes arabo-belges et d'une musicienne (chant, luth, flûte et percussion) qui prendra également la parole en fin de spectacle. La mise en scène est sobre, misant sur une simplicité qui met en valeur le texte sans jamais tomber dans un lyrisme ou un ton mélodramatique qui ne serait que redondant et peu nécessaire. Chaque comédienne a son propre style qui tour à tour touche, émeut, parle, fait sourire, rend soudainement le public grave et accroché à leurs mots. Tous les sujets : le mariage forcé, la virginité, l'excision, la domination masculine, la sensualité, le hammam, l'amour... sont abordés avec justesse. Ce qui peut déranger comme émouvoir. Toute femme ressentira dans sa chair les dérives que peuvent engendrer certaines coutumes nées d'une lecture biaisée des textes religieux, ici le Coran, ailleurs la Bible (un texte y fait d'ailleurs référence). Du vrai théâtre.
dimanche 18 janvier 2009
"Entre autres" - Spectacle de Jean Rochefort.
En tournée dans notre pays, Jean Rochefort s'y est produit avec le spectacle qu'il a conçu et présenté à Paris au théâtre de la Madeleine. A l'accordéon, Lionel Suarez qui est, non seulement le musicien, mais aussi le complice du comédien. Deux heures conçues autour d'évocations, d'anecdotes, de poèmes, de deux chansons, etc... Bien qu'on ne s'ennuie pas, le montage m'a semblé manquer de consistance. Quelques remarques : le manque d'articulation des débuts et fins de phrases rend parfois la compréhension pénible, la gestuelle répétitive des mains lasse, le non respect du "e" dans les vers (notamment dans le Victor Hugo) m'a ôté le plaisir du rythme de la poésie. La conception scénique est sobre. Quelques subtilités surprennent tels ces voix de comédiens qui ponctuent le début du spectacle, l'apparition du micro, les placards dissimulés, le salut... L'humour "bon enfant" (mais on n'arrive pas à oublier un Jean Yanne ni un Fernandel...), une certaine nostalgie, voire une certaine profondeur colorent le choix des textes. Les interventions de l'accordéon sont éloquentes notamment dans l'exploitation inattendue de l'instrument en tant que percussions. Mais... on reste sur sa faim... L'homme est plaisant et son aisance permet toutefois de passer un moment agréable.
MAIS que se passait-t-il au théâtre? Hier soir, une salle particulièrement "enrhumée " aurait pu participer au "concours de tousserie 2009"...
mardi 11 novembre 2008
A la porte - Vincent Delecroix.
Pour ce spectacle, Michel Aumont a reçu un Molière pour son interprétation et Marcel Bluwal, un Molière pour l'adaptation du livre de Vincent Delecroix.
Je comprends largement l'attribution de ces récompenses : on sort de ce spectacle un peu plus en questionnement et un peu moins en certitude. Du début jusqu'à la fin de la pièce, Michel Aumont nous livre un personnage bougon de vieux professeur de philosophie. Mis à "la porte" de chez lui, il ouvre d'autres portes, imaginaires ou réelles, derrière lesquelles se profilent des portraits tantôt tourmentés tantôt médiocres de l'humain bien ou mal pensant. Il le fait avec une subtilité, une finesse, une création qui jamais ne chutent. Il "est" pendant une heure et trente-cinq minutes. J'appellerais ce théâtre : "théâtre miroir". Le texte nous renvoit l'image d'une société pas toujours belle par sa petitesse et sa médiocrité quotidiennes. Il rappelle la différence entre la culture de masse et la Culture. Ce texte magnifique demande à être lu, ce que je ne manquerai pas de faire tant il soulève la question de la nécessité d'être vigilant afin de n'être pas mis "à la porte" de soi-même.
Billet d'humeur.
Je ne fréquente pas qu'un théâtre. Mes choix me portent vers l'endroit où un spectacle m'attire, où un comédien se preste, avide de découvrir la mesure de son talent. Je fus heurtée par une frange importante du public. Qu'était-elle venue voir : Quoi? La notorieté d'un comédien "nominé? - Pourquoi? Sortie rituelle du samedi soir avant le resto? - Comment? Snobisme petit-bourgeois : -"Oh! Magistrâââl!" - Ressenti? : on peut en douter au vu des applaudissements condescendants au "saltimbanque" qui aurait mérité au moins dix rappels. La pertinence du propos les aurait-elle effrayé?
dimanche 26 octobre 2008
Hughie - Eugène O'Neill.
Une vague d'ennui a déferlé sur le public lors de cette représentation. Laurent Terzieff a pourtant créé richement, me semble-t-il, la personnalité troublée, marginale, nihiliste de Erié. Son comparse Claude Aufaure (voix timbrée dont il joue un peu trop) existait pleinement dans sa "présence absente" de gardien de nuit d'un hôtel minable à New-york en 1928 face au "412" (Erié) bavard aux relents d'alcool, à la vie saccagée entre souvenirs de paris, de blondes conquêtes, de divagations misogynes et misanthropes. Depuis quinze ans qu'il vit dans cet hôtel qui fut de luxe avant de devenir de troisième catégorie, Erié se confiait chaque nuit à Hughie, le précédent gardien de nuit mort et enterré, communication qu'il tente à nouveau d'établir avec Charlie. Quelques passages savoureux de descriptions de tranches de vie, de lieux minables et noirs, quelques interventions fatalistes et bien observées du nouveau gardien n'empêchent pas la désertion de l'intérêt. Où situer le problème? La pièce elle-même ou son option d'interprétation? Difficile à dire. Peut-être ce théâtre trop ciblé ne peut-il atteindre l'universalité que l'on trouve chez Molière ou Shakespeare. O'Neill me paraît plus intéressant à lire en tant que témoignage d'un théâtre américain de la désespérance et des illusions noyées dans des brumes dépressives qu'à le voir sur scène. Certaines personnes n'ont même pas applaudi. Je le déplore. Car si une écriture, un contexte ne plaisent pas ou plus, il ne faut cependant pas oublier le travail de recherche et d'interprétation qu'ont poursuivis les comédiens. En cela, c'était une réussite à moins que le jeu trop appuyé de Terzieff n'ait gêné (cependant, en replaçant le héros et dans le contexte et dans une époque bien précise, sa construction m'est apparue plausible). Une mention aussi pour le décor et l'utilisation de la lumière qui nous fait petit à petit pénétrer dans cet univers de mal-être qui s'étend au lieu comme à l'homme.
samedi 4 octobre 2008
Le Point sur Robert - Fabrice Luchini
Magistral! Arriver à tenir un public en haleine avec Valéry, Barthes, Chrétien de Troyes. Il fallait l'audace, le savoir-faire et la verve de Fabrice Luchini. Son apparition en professeur ennuyeux qui peu à peu s'installe dans un délire verbal répétitif déconcerte et il en joue..., ce qui détend le public un peu estomaqué de tous ces mots, de toutes ces phrases qu'il serait bon de lire et relire calmement en s'arrêtant... C'est d'ailleurs ce que fait le comédien, il s'arrête, il nous laisse respirer, les silences sont porteurs et permettent un rebondissement inattendu qu'il faut à nouveau digérer. Qu'à cela ne tienne, le montage proposé amène des rires (intelligents!), des boutades (bousculantes!), des curiosités (les cours magistraux de Barthes le dimanche matin!), des émotions (l'amour de Luchini pour "ses" auteurs!), des souvenirs épiques (Perceval et Rohmer!), des improvisations préparées ou pas avec un public accroché au moindre de ses gestes et mouvements (félinité de ses "danses"!), à la moindre de ses interpellations (et le public s'exprime sans impudeur!). Un magnifique "one-man-show" qui comble tous les amateurs du "style Luchini" car il y a un style Luchini, une manière de parler qui parfois heurte (ces accents d'intensité trop marqués dans l'art de dire les textes..., ces gestes hypnotisants qui, surtout au début du spectacle, détourne parfois de la beauté des mots tant on est capté par ce mouvement continuel du même bras, cette veste qu'il ôte et remet...), on aime ou pas mais quel bonhomme même si un agacement en fin de spectacle a pu apparaître! Et cette phrase tellement redite qu'on la mémorise : "La plupart des hommes ont une idée si vague de la poésie que ce vague même leur tient lieu de définition de la poésie." Paul Valéry. Et beaucoup d'autres qu'il eût été bon de noter au fur et à mesure du spectacle mais tout compte fait, pourquoi ne pas aller à la source?
dimanche 13 avril 2008
Soirée Stravinsky - Béjart - Forest-National - Bx.
A VOIR, A VOIR, A VOIR ...
Le "Béjart Ballet Lausanne" a posé ses valises dans notre pays pour offrir, notamment à Bruxelles, une soirée Béjart-Stravinsky. Le spectacle a débuté par un hommage au créateur disparu avec quatre " pas de deux" sur une musique de Richard Strauss. Ensuite nous avons pu découvrir "Igor et nous" la dernière chorégraphie non terminée de Maurice Béjart et mise en scène par Gil Roman, son successeur. L'originalité consistait en une répétition où musique et voix d'Igor Stravinsky se mêlaient. Le deuxième ballet 'L'Oiseau de feu" nous replongeait dans le Béjart des "Ballets du XXe siècle". Puis arriva le tant attendu "Sacre du printemps" (1959) qui n'a pas pris une ride et dont la fusion musique-chorégraphie est d'une perfection totale. Le public a vibré, uni avec les danseurs soutenus par des sons qui remuent jusqu'au tréfonds de l'âme. Mes mots seront : art inégalable, perfection sacrée, langage total, animalité divine, profondeur sans artifice. Il y a des événements artistiques qu'on ne peut manquer...
lundi 11 février 2008
Les Fausses confidences - Marivaux.
Il y a 320 ans, naissait le 4 février (1688) Marivaux (mort le 12/2/1763). Je viens de lire dans une ancienne collection "Nelson-Edition Lutetia", "Les Fausses Confidences", une comédie en trois actes, représentée pour la première fois par les comédiens italiens le 16 mars 1737.
J'ai plus goûté le plaisir de la langue que le plaisir de l'histoire proprement dite. Le "marivaudage" est plaisant et les réflexions de classe sont à relever et à analyser. Cependant ma joie fut plus de retrouver ce langage châtié, ces tournures élégantes, charmantes et charmeuses. Un moment de français pur et élégant qui renforce mon goût de la langue française, ses tournures, ses beautés, ses finesses, ses traits, sa musique. Cela comble les sens.
Biographie sur Wikipédia.
dimanche 27 janvier 2008
Guy Bedos dans son nouveau spectacle.
"Hier, Aujourd'hui, Demain"
textes de Guy Bedos et Jean-Loup Dabadie.
Guy Bedos devant nous, Guy Bedos en "live", Guy Bedos l'inimitable, le caustique, le mordant. Septante-trois (soixante-treize) ans, un visage éternellement juvénile sous une chevelure que les lumières nous renvoient éblouissante dans sa blancheur. Il n'a rien perdu de sa férocité. Il faut dire que la situation politique le sert. Il s'en donne à coeur joie et nous de rire à ses rires, de râler avec lui, de saccager, de soulager ce qui nous étreint, de rire "jaune" lorsque ce rire auquel nous n'échappons pas vient de ce qui est laid, de ce qui est injuste, de ce qui souffre. De nouveaux textes, des "classiques" comme "Le Bottin", "Le commencement de la faim" et la clôture avec le magnifique "La vie est une comédie italienne" qui à chaque fois fait vibrer spectateurs et comédien. Tout le spectacle est émaillé d'une revue de presse "politique française" que les francophones de chez nous suivent avec autant d'intérêt que la leur. Un court moment, une partie du public a grincé des dents lorsque Guy Bedos a évoqué nos problèmes belges. Là, je trouve certaines paroles et comparaisons dérangeantes. Il n'a pas continué dans cette voie. Tant mieux. Ses mots percutent et soudain il vous envoie un "c'est pour rire" de collégien ou un "je vous aime beaucoup" qui fait passer la "pique" en boutade. Le spectacle se termine avec ce leitmotiv qu'il nous transmet : "Battez-vous" et c'est pour cela que nous l'aimons et qu'une immense ovation accompagne son salut final. Le public est debout.
jeudi 22 novembre 2007
1927-2007
Vous avez été la source de mes plus grandes émotions artistiques.
Le Sacre du Printemps, Les 4 Fils Aymon (sous chapiteau), La IXè Symphonie, Roméo et Juliette, Baudelaire, Cantates, Bhakti (Oh! Jorge Donn), Nuit Obscure ...et beaucoup plus tard Mozart.
Et la ferveur du public, le souffle collectif retenu, l'émoi frissonnant qui parcourait la salle, les quelques secondes de silence sacré à la fin du ballet et puis les applaudissements, les cris, votre nom scandé parce que tous voulaient vous voir, vous célébrer, vous répercuter ce qu'ils ressentaient. A de rares occasions, vous veniez et acceptiez cet hommage de centaines de personnes bouleversées qui auraient pu prendre pour elles l'une de vos phrases : "L'important n'est pas d'atteindre la perfection, mais de chercher quelque chose..." Et chacun repartait , gonflé d'espoir et convaincu d'avoir participé à la "Messe du Temps présent".
Je revois et ressens les retours d'après spectacle. Mon âme adolescente palpitait silencieuse, retranchée volontairement des autres qui n'avaient pas vécu ces moments et poursuivait les mouvements-mots qui formaient petit à petit celle que je deviendrais.
Merci.
samedi 3 novembre 2007
Sortie de théâtre
1885-1957
Il y a cinquante ans que Sacha Guitry nous quittait. Le rideau se refermait à jamais sur cet immense artiste. Qui se souvient encore de ces petits films en noir et blanc présentés par l'auteur lui-même, assis devant son bureau jonché de feuillets couverts d'une écriture élancée? Qui se souvient encore de cette voix caractéristique, de ces "a" très ouverts qui donnaient à sa diction un côté précieux auquel on n'est plus habitué. Et puis les rires, les jeux de mots, la langue diamant qui virevolte, les vacheries balancées galamment, l'élégance du verbe. Que tout cela était châtié, plaisant, français dans ce que ce mot renferme de spirituel, léger et cachant bien des choses, vif et coquin.
Ce soir, France 2 a diffusé en direct "Faisons un rêve", mise en scène par Pierre Murat au Théâtre Edouard VII avec Pierre Arditi, Michèle Laroque et François Berléand.
Lui est un brave homme, pas très intelligent mais affable et bon vivant. Elle, sa femme, est jolie et distinguée. Il prétexte un rendez-vous urgent : il doit partir dans l'instant. L'hôte, qui a tout entendu, est séduisant. Il lui déclare sa flamme, qu'elle avoue partager. Ils décident de se revoir le soir même.
Et les comédiens, ce soir, ont été éblouissants et endossèrent subtilement leur personnage. Pierre Arditi, avec un rythme endiablé, nous entraîna dans les méandres parfois misogynes, parfois charmants, jamais vulgaires du célibataire séduit. Michèle Laroque, en bourgeoise des années 30 apporta la douceur et la féminité nécéssaire à ce type de femme. François Berléand fut d'une justesse drôle dans le rôle du balourd. Tous restituèrent cette langue brillante avec un parfait naturel .
Le dernier bonheur fut l'annonce qu'après cette première expérience de retransmission en direct, il y en aurait d'autres. Vraiment, je l'espère.












