mardi 23 juin 2009
Les belles Années de Mademoiselle Brodie - Muriel Spark.
C'est un livre très facile à lire et qui ne lasse pas. Pédagogiquement, il amène beaucoup de réflexions sur les dangers d'une trop grande main-mise sur de jeunes esprits. Ce personnage de Mademoiselle Brodie me paraît plus que suspect non seulement dans sa manière d'enseigner mais également dans sa personnalité égoïste et manipulatrice. Son rejet de l'élève Mary MacGregor est à mettre au pilori. Ses anecdotes sur sa vie amoureuse, ses admirations politiques des années 30 sont plus que douteuses en tant qu'enseignante se racontant à de jeunes esprits... Quant à la machination finale, elle laisse rêveur. La narratrice, par la voix de Muriel Spark, est tour à tour dure, ironique, méprisante. On ne peut pas dire que la compassion soit très présente dans ce roman édimbourgeois à l'accent mi-anglais, mi-écossais. Ce sont des années bien noires qui se profilent à travers le milieu bien-pensant de cette école pour filles plus qu'aisées. Tout y est mesquin et laid. A lire.
mercredi 11 mars 2009
La duchesse de Bloomsbury Street - Helene Hanff.
Celui qui a lu le "84, Charing Cross Road" ne peut manquer de lire la suite. En 1971, Helen Hanff se rend à Londres, son premier voyage à l'âge de cinquante-quatre ans. Elle y rencontera la veuve de Frank Doel, l'ami libraire. Elle y découvrira la fameuse librairie "Marks & Co". Elle sera pilotée ou croisera des personnages pittoresques et tiendra son journal au jour le jour. Ce qui nous donne ce "La Duchesse de Bloomsbury street" du nom de la rue où elle logeait et qui la fit s'en décréter la "Duchesse". Ce livre nous montre une femme de caractère, à l'humour parfois féroce mais ô combien lucide, sachant reconnaître ce qui "est" et non ce qui "paraît". Son enthousiasme est tel que l'envie d'être à Londres m'a tenaillée pendant toute la lecture. Je me verrais très bien dans les rues de la ville, son livre à la main, parcourir les endroits comme si quelque part, elle m'y emmenait... Un superbe petit livre tonique, on est triste lorsqu'il s'arrête...
mercredi 11 février 2009
La Reine des lectrices - Alan Bennett.
Sa Majesté se met à lire... Sa Majesté se met à penser... Sa Majesté se met à écrire... Voilà les trois pôles que parcourt cette impertinente satire d'Alan Bennett. Grincement de dents à Buckingham Palace (on y voit bien la difficulté d'être vrai, sincère...), grincement de dents dans l'honorable famille, grincement de "dans" le protocole qui se trouvera bousculé, chose inconcevable et jamais vue. La douce ironie qui flotte sur tout le livre malmène chefs d'état et premier ministre inculte devant une Majesté "opsimath" (qui apprend sur le tard, à la fin de sa vie). Il n'en faut pas plus pour qu'on la soupçonne d'être atteinte de sénélité voire d'alzheimer (puisqu'elle prend des notes!). Le roman connaît un creux lors de l'éloignement de Norman, le tabellion ex-préposé aux cuisines et amoureux des livres, puis repart à sa réapparition et se termine par un joli discours de la reine. Hormis l'histoire, ce livre nous offre de belles réflexions sur la lecture qui devraient combler les amateurs du genre. Il nous apprend aussi qu'il est peut-être préférable de ne pas entrer dans l'intimité des écrivains (le tea-time offert à cette occasion est révélateur...). "De la puissance de la lecture" pourrait être le sous-titre de ce roman féroce sans méchanceté, drôle sans lourdeur, tonique et amusant.
mercredi 28 janvier 2009
Toute passion abolie - Vita Sackville-West.
Le nom de Vita Sackville-West m'était connu en tant que conceptrice du fameux jardin blanc de Sissinghurst et aussi associé à l'époque littéraire britannique de Virginia Woolf. Je connaissais quelques grands traits percutants de son histoire personnelle et de son audace. Je savais qu'elle avait écrit; je viens de découvrir l'un de ses romans, celui qui fut et est toujours considéré comme le plus abouti.
Le cadre de vie :première partie du vingtième siècle avec des relents du dix-neuvième qui perdurent dans un milieu artistocratique anglais.
Les personnages : Lady Slane, 88 ans. Genoux, sa gouvernante depuis plus de soixante ans. Ses enfants (déjà d'un certain âge), des petits et arrière-petits enfants; le propriétaire et gérant de Hampstead; le menuisier; le mystérieux M. FitzGeorge.
L'action : Lady Slane, devenue veuve, prend pour la première fois ses propres décisions et décide de s'installer librement dans la maison rêvée entrevue il y a de nombreuses années à Hampstead. Les jours qui lui restent à vivre s'écouleront enfin paisibles uniquement nourris des relations qu'elle admet, relations vraies sans le spectre de la compétition, de la réussite sociale et de l'argent. Devenue elle-même, Lady Slane se laissera aller au vertige du passé, à l'introspection et pour la première fois, sans regrets, comprendra la distance entre la vie imposée et la vraie vie. Les récompenses seront au nombre de deux : l'amour de M. FitzGeorge qui révélera la densité de ce qu'aurait pu être une relation amoureuse entre deux êtres respectueux reconnaissant à l'autre le droit d'être et l'arrière-petite fille, projection d'elle-même, qui pourra dépasser préjugés et milieu afin de se réaliser et non de réaliser ce que les autres projettent pour elle. L'amitié vraie des vieux messieurs désintéressés mettra du baume au coeur face à l'égoïsme, l'arrivisme, la froideur des enfants.
Ce que j'en pense : roman délicieusement désuet mais qui remue lorsqu'on re/découvre ce que fut la condition féminine jusqu'il n'y a pas si longtemps. "Elevées comme des saintes, on les livre comme des pouliches" a dit George Sand. Cette phrase a trotté dans ma tête tout au long de la lecture. L'homme "propriétaire" d'une femme comme d'une maison, d'une écurie, etc... voilà de quoi avoir la nausée... et se dire que dans certains endroits du monde, l'histoire se répète, encore plus tragique... Telles sont les considérations qui peuvent monter lors de cet écrit qui est pourtant sage, un peu nostalgique, carrément d'un autre temps. Sa modernité ne réside que dans ces réflexions et le rend intéressant en tant que témoignage de l' histoire sociale féminine.
Proposé en février 2009 pour la sélection du Prix des lecteurs (Livre de Poche).
Livre sélectionné pour le mois de février.
vendredi 16 janvier 2009
Pierre de lune - W. Wilkie Collins
En tant que "premier récit policier moderne", j'ai lu ce livre avec intérêt plus qu'avec passion. La construction du roman reprenant les témoignages des différents protagonistes est originale et relance l'histoire qui peut, à certains moments, paraître longue. J'ai apprécié le témoignage de Gabriel Betteredge qui nous parle, nous prend à témoin et nous conseille! Comme dans la "Dame en blanc", on retrouve les clichés de l'époque : suprématie anglaise, idées préconçues sur "l'étranger", faiblesse féminine, honneur poussé au paroxysme, amours déchirées, retrouvailles émouvantes, justice, lieux typiques... Quant à la peur dite "hitchcockienne", je ne l'ai pas ressentie. Des évidences se font jour au fur et à mesure du récit et les scènes d'amour sont du plus haut cocasse ainsi que la nuit au laudanum... C'est donc une lecture en dents de scie que j'ai faite : certains moments prenants, d'autres moins ou d'autres encore franchement d'un autre temps. C'est en acceptant de "jouer le jeu" que je suis parvenue à mener cette lecture jusqu'au bout. Cela dit, il ne s'agit que de mon avis et je peux comprendre les amateurs du genre qui le considèrent comme un chef d'oeuvre.
jeudi 1 janvier 2009
La Dame en Blanc - W.W. Collins.
Deux dates : l'auteur, 1824-1889, la parution du livre, 1859. Il y a 120 ans disparaissait William Wilkie Collins et 150 ans qu'était publié un de ses chefs d'oeuvre, "La Dame en blanc", qui connut un succès immédiat. Nombre de lecteurs se passionnèrent pour ces aventures d'abord parues en feuilleton et le secret de la "Dame en blanc" fut l'objet de suppositions diverses qui s'avérèrent souvent erronées : le mystère demeura jusqu'à la fin du livre. C'était là un coup de génie qui perdure encore.
Les bibliothèques familiales que l'on se transmet de génération en génération recèlent parfois des trésors auxquels on ne prête pas attention. Ce fut mon cas. Lorsque le blogoclub a proposé cette lecture, une image venant des lointains de l'enfance a surgi devant mes yeux. Fouille, recherche et j'ai ressorti des profondeurs d'un rayonnage cette ancienne édition aujourd'hui disparue et j'ai retrouvé cette dame en blanc poursuivant une silhouette masculine sur un fond de nuit bleutée qui, petite, m'avait tant fascinée. Et pourtant je ne l'avais jamais lu...
Ma lecture a commencé sceptique (oh! le mélo!, le romantisme!) puis oubliant les 150 ans qui me séparaient de ce livre, je me suis laissée prendre au jeu. J'ai mis de côté esprit rationnel, moderniste et autre et c'est avec délectation, au point de m'empêcher de dormir, que j'ai enfourché histoire, mystère, rebondissements, fantastique, rêve que m'offrait cette lecture. Même si le livre n'échappe pas à certains clichés révélateurs de cette époque : les caractères, la société, la peur de l'étranger, les relations hommes-femmes, la lande, etc... tout est palpitant. On ne peut s'empêcher de "s'évanouir" avec Laura, de "souffrir" avec Anne, "d'exulter" avec Mariam, de "faiblir" pour Hartright, de "détester" Sir Percival et le Comte Fosco, "d'éprouver" de la répulsion pour Mme Catheric, de "se moquer" de Mr Fairlie et de ses "petits" nerfs, "d'acquiescer" devant l'honnêteté d'Elza Michelson, gouvernante, "d'imaginer" avocats, domestiques, femmes de chambre, sacristain... Malgré leurs excès, ils existent donc et nous envahissent jusqu'à l'ultime phrase et le soulagement final puisque justice est rendue (la morale est sauve!). Les intrigues sont touffues et raconter ce livre tient de la gageure tant les détails semblent importants pour l'avancement de l'histoire. Bien que je ne sois pas particulièrement attirée par ce genre littéraire, je me suis délicieusement enfouie dans ce livre.
lundi 15 décembre 2008
Curriculum Vitae - Muriel Spark.
Il y a quelques années, j'ai lu "Memento Mori" de cet écrivain. Je garde le souvenir d'une lecture qui m'avait beaucoup plu. Une éducation dans l'Edimbourg du premier quart du vingtième siècle (une curiosité : les moeurs et coutumes de cette enfance lointaine), une expérience africaine avec un mari rapidement quitté, un enfant, un retour en Angleterre en 1944 et l'entrée au Foreign Office, le travail de rédactrice à la Société des Poètes, les premiers romans,etc... tout cela m'enthousiasmait. Cependant l'excès de bonne conscience, l'infatuation de l'auteur, les réglements de compte à qui mieux mieux sur des gens qui probablement n'ont pas été corrects (mais en quoi cela nous intéresse-t-il?), les petits détails médiocres longuement développés m'ont donné une impression de peu sympathique et d'un amour exacerbé de l'image de soi. Une lecture qui au fur et à mesure s'est avérée lassante, fatigante avec une langue désuette, d'un autre temps, d'un autre monde qui ne nous enseigne rien. Plus intéressante, la découverte de certaines sources de ses livres peut donner un autre éclairage lors de la lecture (ainsi l'incroyable Miss Kay qui inspirera les "Belles Années de Mademoiselle Brodie"). En fait lire les romans me paraît plus agréable que la lecture de ces souvenirs qui montrent peu mais en disent long...
jeudi 31 juillet 2008
Avril enchanté - Elisabeth von Arnim
Livre désuet? Pour certains peut-être... mais il est parfois bon de jouer le jeu. Première partie de l'autre siècle, des "dames" de la bonne société anglaise partagent les frais de location d'un château en Italie. Toutes, pour des motifs différents, aspirent à cet éloignement des brumes d'Albion pour se retrouver. Elles suivront un chemin différent et les sentiers qu'elles parcourront aboutiront tous à leurs retrouvailles avec l'amour (sous différentes formes) et à plus de connaissance d'elles-mêmes. Ce sont les méandres qui sont intéressants à suivre, chacune (chacun) peut se retrouver dans ce qui unit tous les êtres humains à travers les générations : les sentiments. Parallèlement à l'histoire, les descriptions italiennes sont merveilleusement évocatrices, nos sens ne sont pas en repos. On se sent bien à la sortie de ce livre et cela perdure en en évoquant le titre.
jeudi 19 juin 2008
La femme la plus riche du Yorshire - Fouad Laroui.
Sentiment étrange. Le début du livre m'intriguait, créant cette envie de savoir. Cependant, les aventures de ce "docteur en économétrie" parti à York et occupant ses moments de loisirs à de l'ethnologie ne m'ont pas passionnée. Pourquoi? L'ironie était parfois au rendez-vous dans ces caricatures (?) britanniques des habitués d'un pub et d'une femme étrange, autoritaire, marginale, riche plus qu'il ne le faut pour vivre tous ses caprices. Certes la ville de York se dressait pendant tous les chapitres (permettant aux amateurs de villes anglaises d'en imaginer l'atmosphère). Adam, le héros volontairement naïf ou pas, nous fait pénétrer dans un monde moins factice qu'on pourrait l'imaginer. Mais qu'a voulu montrer ou démontrer l'auteur? "Le plus nul des ethnologues", phrase qui clôt le livre, nous enseigne qu'il est indécent de porter un jugement rapide sur les autochtones et qu'il est bon de se débarrasser de tous ces a-priori qui entravent toute communication. Cela se lit facilement mais en ce qui me concerne, ne m'a rien apporté...
mercredi 7 mai 2008
Kazuo Ishiguro - Les vestiges du jour
Il y a beaucoup de pudeur dans ce livre confession. Le majordome Stevens avec ce ton qui n'appartient qu'à lui : délicieusement suranné, truffé de non-dits, retenu et digne, nous conte les vestiges d'une époque, d'une société et d'une profession. Dès qu'on a pénétré au coeur de cette "langue barrière", tout se dresse devant nous : la campagne anglaise, les domaines, les objets chargés d'histoires, les allers et venues des serviteurs, la conscience professionnelle de celui dont le destin aura été de servir, conscience tellement poussée, qu'à nos yeux, il en sacrifie sa vie. A nous d'admirer son éthique, à nous de frémir devant tant de réalisations personnelles gâchées... L'Histoire aussi est tapie à l'ombre des "grands" de ce livre. Livre d'un japonais (éduqué en Angleterre) et qui deviendra, s'il ne l'est déjà, un grand classique de la littérature britannique. Livre qui fut l'objet d'un magnifique film du même nom et réalisé par l'américain James Ivory. Stevens a d'ailleurs pris les traits du magistral Anthony Hopkins. La lecture distille une nostalgie empreinte d'une tristesse qu'on ne peut s'empêcher d'aimer. Tout cela donne envie d'y retourner dans quelques temps...









