mercredi 10 juin 2009
Au Pays - Tahar Ben Jelloun.
Merci Tahar Ben Jelloun (ah! ce prénom coupé en son milieu par ce h mystérieux et chantant), de nous livrer une fois de plus un roman tout en délicatesse, émouvant, interpellant, nostalgique et onirique. Mohamed, le héros, arrive à la retraite et retourne vers le "bled" natal où il croit pouvoir réaliser son ultime rêve : réunir ses enfants dans la maison qu'il a bâtie de ses mains. A l'heure des multiples bilans, cet homme humble, religieux sans aucun fanatisme, travailleur courageux, constate l'éloignement de ses enfants engloutis par les us et coutumes de leur nouvelle patrie. Mohamed, lucide, déplore également les dérives de tous bords. C'est un homme simple et moral qu'on se prend à aimer. Analphabète, réfugié dans ce qu'on lui a appris : la bonté, le respect, émigré dont l'âme profonde est toujours restée au pays, Mohamed n'a pas pu comprendre l'évolution de ses enfants. L'incommunicabilité est présente, cruelle pour cet homme dont le destin ne fut que journées de travail, sommeil récupérateur et refuge dans l'Islam. Des générations et des cultures différentes : la vie toute tracée, l'amour qui ne se vit pas, les paroles qui ne se disent pas... Il souffre silencieusement, dépassé par un pays dont il ne peut accepter les trop fortes différences. Le retour au sien est métaphorique, dramatique, étouffant. Tahar Ben Jelloun nous donne un récit digne mettant à l'honneur un homme parmi tant d'autres, à qui la vie a fait peu de cadeaux. Comme toujours, l'écriture magique de l'auteur, ses références aux contes, ses images chaudes que l'on ressent au plus profond contribuent à la beauté et à la profonde tristesse de cette histoire qui ne laisse pas indifférent. Décidément, Monsieur Ben Jelloun, je vous lis depuis le début et je ne m'en lasse pas...
Sur ce blog, "Sur ma mère", un puissant cri d'amour qu'on ne peut oublier...
Site officiel de l'auteur : ici
lundi 8 juin 2009
Journal d'un rabbin raté - Victor Malka.
Merci aux Editions du Seuil
J'ai choisi ce livre par pure curiosité et aussi à cause de l'intérêt que je porte à la culture hébraïque et arabe. Israël et la Palestine me fascinent. La lecture fut aisée bien que foisonnante de nombreuses références inconnues relatives à la vie, aux tensions, aux rivalités étonnantes entre rabbins, laïcité, judaïsme à "l'ancienne" et judaïsme réformé, israéliens, diaspora... Loin de moi de prendre une position mais mon étonnement fut grand devant certaines querelles qui me paraissent mesquines. Il y a beaucoup de leçons à tirer de cette lecture. J'ai apprécié la franchise et la lucidité de l'auteur quant à la situation actuelle. L'humour que l'on trouve dans ces pages est également source de réflexions. J'ai été ravie de voir citer Emile Shoufani, "le curé de Nazareth" dont la démarche est admirable. Avec de telles personnes, on se mettrait presqu'à espérer que la paix puisse enfin arriver...
J'ai retenu cette citation de Isaiah Berlin que je vous livre :
"Peu de choses, ont engendré davantage de malheurs que la conviction d'individus ou de groupes... d'être les seuls dépositaires de la vérité. C'est une terrible et dangereuse arrogance de croire que vous êtes le seul à avoir raison : vous avez un oeil magique qui voit la vérité et les autres ne peuvent donc avoir raison s'ils sont en désaccord avec vous."
Réflexions, dialogues, échanges, respect, compassion, empathie...
Interrogations qui font aller plus loin...
jeudi 7 mai 2009
Harraga - Boualem Sansal
Harraga de Boualem Sansal, livre proposé par Emmyne, lu précédemment, billet ici
jeudi 26 février 2009
Harraga - Boualem Sansal.
Un témoignage sur fond véridique, des personnages se débattant au centre de leurs contradictions, un beau mot : "Harraga", le "Brûleur de route". Qui est le plus immolé? Lamia, la pédiatre, dont les certitudes lucides (le pays, la corruption, la condition féminine, l'inertie...) emplissent la solitude quotidienne ; Chérifa, jeune fille enceinte qui viendra bouleverser la vie de Lamia par son bouillonnement, son appétit de vivre, ses rêves ; Sofiane, le frère, pour qui l'eden pourrait être l'occident ; un pays, un quartier, des maisons et derrière les façades, l'intransigeance des interdits, l'impossibilité de se réaliser, d'être soi... tout simplement. Folies de l'homme, satire et humour féroces, politique lâche, un livre sensible sur l'errance des "brûleurs de route" en quête continuelle d'une liberté qui ne s'obtiendra qu'au prix de sacrifices. Un livre brûlant de reproches.
mardi 17 février 2009
Syngué sabour - Atiq Rahimi.
Tragédie? Poème dramatique? D'abord incantatoire, le récit se transforme en imprécations et se termine en un paroxysme effroyable qui glace le sang. Comme il est dit : "quelque part en Afghanistan ou ailleurs". Raconté dans un temps présent lancinant qui place cette histoire au centre de quelque part, n'importe où, chez nous, dans la contemporéanéité, ce roman lance un réquisitoire contre la violence subie par la femme en ces pays aveuglés. Dans ce temps figé, rendu par un style magnifique et sobre : les retours de la voisine à la toux rauque, du porteur d'eau et de sa sempiternelle chanson, des appels du mollah, des balles tirées, des gouttes du flacon de collyre, celles du stilligoutte, des reflets du soleil, des centaines de souffles de l'homme comateux et moribond auxquels viennent s'adjoindre ceux de sa femme et ... les nôtres, tout pourrait sembler pareil et immuable, condamné. Mais,"Elle" est là, se débattant entre prières, constats, appels à l'aide, désespoirs, destructions, culpabilités, trahisons, haines, amours et découverte de sa "pierre de patience" : "Lui" dont elle n'attend que l'éclatement pour être libérée des chaînes qui l'enveloppent depuis sa tendre enfance.
"...Syngué sabour, pierre de patience! la pierre magique!"
Pierre recevant tous les non-dits et censée délivrer, en se brisant, les malheureux de leurs tourments. La délivrance sera tout autre qu'on peut imaginer. La fin du livre laisse pantois et résonne en nous... Ses échos feront que nous poserons un regard différent sur ces femmes, sans pitié mal venue, sans accusation nauséabonde. C'est un livre "pulsatile", nos battements de coeur se mêlent à ceux de l'auteur et à ceux de l'héroïne dans une ode à toutes les victimes dont cette poétesse afghane pour qui ce livre fut écrit.
samedi 18 octobre 2008
Le Trio Joubran.
Magie et flamme dans les doigts des trois frères Joubran.
Samir,Wissam, Adnan.
Musique diabolique, diamant noir.
Profondeur venue des âges de la mémoire.
Eblouissement, hommes, corps fusion avec L'OUD.
Instrument, musique-voix, voix-musique.
Grâce, Pleurs, Dialogues émouvants, parfois drôles, SILENCES rutilants.
Rythmes ensorcelants, hypnotisants.
Âme d'un peuple en souffrance.
UNIVERSALITE.
Majestueux soutien des percussions (Yousef Hbeisch)
PUISSANCE.
Bouleversement.
MERCI - CHOUKRAN
LEUR SITE (dont une vidéo) A VOIR ABSOLUMENT : www.letriojoubran.com
photos Lune de pluie (soirée du 17 octobre 2008)
mercredi 11 juin 2008
Sur ma mère - Tahar Ben Jelloun.
C'est effondrée que j'ai posé ce livre. Plusieurs lectures sont possibles. La mienne fut à fleur de peau et le coeur soumis à rude épreuve... Dans ce roman-biographie commencé en 2001, terminé en 2007, Tahar Ben Jelloun rend un hommage fort et vibrant à sa maman malade qu'il découvre et redécouvre alors qu'elle s'enfonçe de plus en plus dans une nuit qui maintenant l'a recouverte tout entière, à jamais dissimulée aux yeux de tous mais présente, ô combien, dans les lignes et entre lignes de ce puissant cri d'amour. L'auteur replonge dans un Maroc des années trente et quarante où la femme soumise et souvent analphabète donnait comme unique sens à sa vie le dévouement à un époux et à ses enfants. Nous pleurons parce que nous comprenons que cette femme n'a pas été aussi heureuse qu'elle l'aurait mérité mais nous nous réjouissons de l'amour tutélaire dont l'enveloppe son fils et dont elle enveloppe ses enfants. De très beaux et graves moments soulèvent le problème de notre société actuelle : cet éloignement de la personne âgée et malade, ces ghettos, quels que soient les noms qu'on leur donne... Beaucoup de réflexions sont soumises à notre entendement et à notre coeur par Tahar Ben Jelloun, au-delà de sa propre histoire. Il m'a fallu du temps pour écrire ce court billet, il y a des livres qui requièrent un silence particulier et dont on ne peut parler qu'après l'avoir apprivoisé. Les paroles semblent dérisoires... Les actes se voudraient courageux...
mardi 11 mars 2008
Moussa Ag Assarid - Y a pas d'embouteillage dans le désert
J'ai vibré à la sagesse venant droit de l'observation de la nature et de la bataille livrée par l'homme pour survivre sans se plaindre. J'ai souri à certaines anecdotes lors de l'arrivée en France de Moussa Ag Assarid. J'ai eu mal à certains de nos excès de société hyper civilisée, hyper médicalisée, hyper... . J'ai apprécié la découverte d'un monde, de lieux que je ne connais que de nom. Mais, on est toujours pétri de sa propre culture. C'est inévitable. Qu'on le veuille ou non. Dès lors, il est extrêmement difficile de pénétrer profondément celles qui nous sont éloignées et surtout il faut se garder de porter des jugements trop péremptoires. Ainsi, je n'ai pas accepté les comparaisons un peu donneuses de leçons qui m'ont semblé ramener parfois un cas particulier à une généralité qui est loin d'être telle quelle. Il est aussi difficile, sur un blog, de développer certains sujets qui donneraient lieu à une polémique. En quatrième de couverture, il est dit :"...pour les Occidentaux que nous sommes, l'occasion de sourire de nous-mêmes et de méditer sur nos choix de vie." Où qu'il soit, où qu'il vive, tout homme digne de ce nom se pose ces questions mais pas besoin de comparaison, ni de condamnation, ni de jugement. C'est en apprenant à se connaître lui-même qu'il évoluera, sans gourou, sans autorité de quelqu'ordre que ce soit. Le bonheur ne se trouve ni dans un autre pays, ni dans une autre civilisation, ni dans une autre époque. L'expérience de Moussa Ag Assarid est intéressante et sa création de l'Ecole des Sables destinée à des enfants touaregs est admirable.
mercredi 27 février 2008
Yasmina Khadra - Le Dingue au bistouri
Les niveaux de langue nous font pénétrer dans les mondes du commissaire Llob. D'un côté le policier entouré d'un patron corrompu, d'un subalterne ignare et couard. De l'autre côté, l'homme, époux aimant plongé dans une réalité algéroise bien noire. Surgit une série d'échanges téléphoniques entre lui et le DAB. Ces échanges dévoilent que la folie n'est peut-être pas toujours telle qu'on peut l'imaginer ni celle que l'on croit. Une société ambigüe en dérive apparaît en filigrane durant toute cette histoire. Ce roman policier nous montre les méandres de l'anéantissement d'un homme à qui la société n'a rien donné. Homme à qui elle a pris jusqu'au peu d'amour qu'il avait pu acquérir. L'enquête en elle-même ne m'a pas fait palpiter et les meurtres ne m'ont pas effrayée. Je retiens surtout de ce livre l'immense solitude, la dépravation, l'irrespect, sources de tous maux. Tant que l'homme ne sera pas traité avec ce que contient le terme d'humanité, les outrances perdureront... Tout ce que je dis est bien sérieux. Cependant il ne faut pas oublier que la bêtise fait rire et nous avons quelques dialogues savoureux entre le commissaire et l'adjoint, entre le commissaire et le tueur. De belles réflexions sur la condition de l'homme ayant connu le colonialisme et l'indépendance, deux mondes qui se regardent et s'interpellent. En cela, le roman de Yasmina Khadra dépasse le simple roman policier divertissant, il nous interpelle aussi.
vendredi 1 février 2008
Les hirondelles de Kaboul - Yasmina Khadra.
Toute femme ne peut qu'être heurtée par l'asservissement que vivent les hirondelles de Kaboul. Nous sommes au degré zéro de l'horreur. Tellement horrible que cela nous dépasse et que les mots me semblent faibles pour exprimer l'anéantissement qui me frappe lorsque j'imagine vivre dans un tel état de peur, de soumission, de saleté, d'exécutions. Y être femme sans identité, sans reconnaissance est le summum de l'inhumanité. Même si l'histoire finale se devine rapidement, même si elle nous paraît "énorme", c'est toute la métaphore qu'elle représente qu'il nous faut décoder. Les paroles de l'épouse d'Atiq sont percutantes et le livre se termine en rendant une dignité à l'homme conditionné par un monde où il n'a jamais pu se laisser aller, ni à l'amour, ni à ses émotions. La banalité de la cruauté fouette même l'intellectuel affaibli dans son esprit critique puisque ni rêves ni projets ne peuvent plus l'accompagner. La banalité de la cruauté rend fou l'homme le plus sage. C'est pourquoi nous ne pouvons juger aucun de ces héros, simplement tenter de comprendre leur descente aux enfers. Le bien et le mal ne sont pas opposés, il y a le bien ET le mal, nous devons y faire face.











