Vivre en un jour les quatre saisons

Atmosphères et perceptions...

mardi 14 juillet 2009

La Bénédiction inattendue - Yoko Ogawa

Num_riser0007

Sept nouvelles qui touchent, comme à l'accoutumée, le monde de l'imaginaire et de la psychanalyse. Yoko Ogawa nous offre différents portraits ainsi que des atmosphères typées qui ne peuvent laisser indifférents. J'ai particulièrement été subjuguée par le récit "Plagiat", une mise en abyme extraordinaire et par "L'Echec de mademoiselle Kiriko" où le magique se partage l'imaginaire. On aime ou on n'aime pas mais quelle richesse et quel talent!

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lundi 22 juin 2009

Amours en marge - Yoko Ogawa.

Num_riser0003

Mémoire et mots-maux. Mémoire souffrance qui se traduit somatiquement chez une jeune femme dont le mari vient de partir. Accablée d'acouphènes qui lui parlent brutalement, elle accepte de raconter expériences et symptômes à un magazine de santé. Elle découvre, fascinée, le ballet des doigts du sténographe qui prend note des divers témoignages. S'ensuivra un long échange doigts-mémoire pendant lequel les sons incongrus évolueront et feront évoluer l'héroïne. Il s'agit du premier roman "long" de Yoko Ogawa, paru en 1991 au Japon. Ce thème de la mémoire douloureuse est à la fois ardu et accessible. Il nous renvoit à nos propres expériences, à nos propres chaînes, à l'impact mental/corps et au décodage qu'il n'est pas toujours aisé d'accomplir.

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lundi 30 mars 2009

Les Années Douces - Kawakami Hiromi.

Num_riser0005

C'est un livre dont j'ai réparti la lecture en plusieurs semaines. J'ai découvert les chapitres doucement, comme un bonbon lentement dégusté, entre d'autres romans au style plus alerte, plus incisif, plus dévorant. Le lire en une seule traite m'eût semblé ennuyeux. Tandis qu'ainsi, petit à petit, je rejoignais un rendez-vous agréable, zen, reposant et y ai passé de bons moments. Voilà aussi qui change d'une certaine littérature japonaise remuante et dérangeante. Douceur, douceur et encore douceur de la vie qui s'écoule, soudainement mise en suspension grâce à la rencontre de Tsukiko avec "le Maître", son ancien professeur de japonais. Ils partageront certes beaucoup de saké et de nourriture mais surtout les émotions subtiles, le quotidien porteur de richesses insoupçonnées, les questionnements d'apparence légère sur eux-mêmes, les haikus et la nature, la découverte de l'amour pour elle et l'acceptation de s'y laisser aller pour lui, malgré l'âge qui le retenait. Livre délicat qui semble ne rien raconter de fondamental si ce n'est que l'important est la relation unique qui peut s'établir entre deux êtres dans la discrétion des heures et des jours, voire des "Années douces".

"Si c'était un grand amour, il était primordial d'en prendre soin, comme d'une plante à qui on donne de l'engrais ou qu'on protège de la neige. S'il s'agissait d'une autre espèce d'amour, inutile de s'inquiéter, il suffisait de le négliger en attendant qu'il se déssèche."

Ce que fit Tsukiko avant de se rendre compte...

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dimanche 22 mars 2009

La Marche de Mina - Yoko Ogawa.

Num_riser0012

Num_riser0003 proposé par Virginie

C'est un Yoko Ogawa particulier dans ce sens qu'il n'entre pas dans la ligne de conduite habituelle des autres livres qu'elle a écrits. Ce roman est empreint de nostalgie douce : un paradis de l'enfance constitué de bonnes fées (la grand-mère Rosa, madame Yoneda), de mystère (l'oncle, la tante), d'amours débutantes (le jeune homme du mercredi, le bibliothécaire), d'amitié profonde et respectueuse qui traversera les années (Tomoko qui raconte et Mina, sa cousine, cadette d'un an, mélange enfantin et adulte), de la communication avec le monde animal (le singe dont on évoque le destin héroïque et Pochiko, l'hippopotame nain qu'on se prend à aimer et qu'on n'oubliera jamais), d'ouvertures à la vie (des phrases émaillent délicatement et simplement le texte de considérations sur les êtres, leurs relations, leurs conséquences, les liens qui se défont par la vie, la mort, l'histoire sociale d'une époque, la prise de conscience, les livres, les objets, les secrets enfantins...). C'est une belle lecture sereine, pleine de tendresse et d'espoir. La quatrième de couverture évoque "le prisme des liens de l'enfance" et signale que ce livre s'inscrit comme "La Formule préférée du professeur" "dans un cycle voué à la tendresse et à l'initiation". Tomoko et Mina sont deux exemples parfaits et attachants du kaléidoscope magique de cette fin d'enfance.

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mardi 3 mars 2009

Pentalogie "Le Poids des secrets" - Aki Shimakazi.

Num_riser0020 Camélia

Num_riser0021 Coquillage

Hirondelle Num_riser0002

Num_riser0001 Myosotis

"Ne m'oubliez pas".

Il sera difficile d'oublier ces petits livres (entre 115 et 120 pages chacun) tant leur apparente simplicité nous plonge dans les non-dits de chaque personnage et les heurts et malheurs d'une époque. Chacun, tour à tour, nous émeut. Voir défiler toute une vie dans le contexte social qui la marque, qui la détruit, procure un sentiment participatif intense. Deux noms évocateurs apparaissent : Hiroshima, Nagasaki. L'auteur, avec cette clarté qui la caractérise, replace les choses dans leur véritable contexte avec une largesse d'esprit remarquable. Nous découvrons également des pans de l'histoire du Japon rarement évoqués en Occident : le tremblement de terre de 1923, la souffrance du peuple coréen et de ses émigrants sous la domination japonaise. Chacun des héros prend chair au fur et à mesure de la lecture et ils nous deviennent familiers, terriblement humains dans leurs souffrances, leurs pudeurs et leurs espoirs. J'attends impatiemment la sortie du cinquième livre, "Hotaru", dans la collection Babel.

Je dois cette découverte au billet de Nina dont je partage le plein enthousiasme!

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lundi 16 février 2009

Une parfaite chambre de malade - Yoko Ogawa.

Num_riser0008

Poursuivant la lecture des oeuvres de cet auteur, ce livre m'a semblé plus dur et déstabilisant. Il est constitué de deux nouvelles. La première raconte l'intimité entre un frère mourant et sa soeur. La démarche introspective de l'un et surtout de l'une est poignante. Comment conjurer cette douleur de vie et de mort dans l'espace étroit d'une chambre d'hôpital où tout est aseptisé, ne laissant rien passer de la Vie telle qu'elle est quand rien ne la menace. C'est dans un huis-clos tendu que la jeune femme se débat, "l'amour plus fort que la mort" même si l'on sait que l'autre ne sera plus. Tout se mesure, tout est dérisoire, tout a valeur. La deuxième nouvelle "La désagréagtion du papillon" est ardue à lire. Métaphores, conscient, inconscient : tout s'y mêle. Sa dureté réside non dans le style mais dans le fond qui interpelle cruellement. Normalité et anormalité, réel et irréel, moi et moi... notions perturbantes qui rappellent à l'ordre. L'héroïne obligée de "placer" sa grand-mère dans une institution vit l'absence en un dédoublement douloureux qui interpelle chacun d'entre nous sur la fin de vie. Il n'y a pas de description de maladie ni de mort mais une descente précise dans tout le ressenti de la perte et dans tout ce qui se greffe à jamais au profond de nous.

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vendredi 6 février 2009

La Petite Pièce hexagonale - Yoko Ogawa

Num_riser0010

L'hexagone, symbole de l'univers chez les grecs, donne ses dimensions à cette pièce où chacun peut venir parler à son gré, libre, centre lui-même de sa propre vie. Ce court récit introspectif  montre à quel point il est important pour l'héroïne, ainsi que pour les silhouettes devinées dans la salle d'attente, de venir déposer dans cette chambre, nettoyée chaque jour, les détritus de leur propre existence. Nous retrouvons des constantes chez Ogawa : la piscine, les personnages étranges, sages (un autre soi-même) et la puissance mentale et entravante des chaînes que chacun se donne. Tout passe : la pièce disparaît, il n'en reste plus que les traces. L'auteur nous montre que tout peut passer chez l'homme s'il consent à déposer ses fardeaux, que les traces ne sont que légères et peuvent... s'effacer.

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samedi 31 janvier 2009

Le choix de mon libraire.

P1030658

Dans une de mes librairies préférées (une parmi les plus belles du pays), un concept "surprise-mystère" vient d'être lancé et se reproduira mensuellement. Un livre joliment emballé et juste une phrase sybilline qui orne la table où il est présenté. Je devine qu'il s'agit de la littérature asiatique car il est dissimulé entre un magnifique livre sur le Japon, de la poésie chinoise, des romans vietnamiens et coréens. Il est vendu 2 euros, il doit s'agir de cette petite collection folio que l'on peut emporter partout avec soi et dévorer rapidement entre deux trains à prendre, une attente qui se prolonge, etc... Je ne l'ai découvert qu'en rentrant à la maison et j'avoue avoir eu un mouvement de recul en voyant surgir...

P1030659

Merci, monsieur mon libraire...

Je ne connais pas Fumio Niwa. J'apprends qu'il est considéré comme le chef de file de la littérature japonaise d'après-guerre, qu'il a écrit une oeuvre encore peu traduite en français, qu'il a vécu cent ans (1904-2005) et la quatrième de couverture m'informe qu'il s'agit d'un "texte féroce et dérangeant sur la vieillesse". Un billet suivra d'ici peu.

20/2

Cette nouvelle vous emporte d'un bout à l'autre de l'histoire sans s'arrêter. Pourtant le texte est pesant, féroce. Il fut écrit en 1947, j'ose espérer que la société a évolué quant à la prise en charge de ses personnes âgées. Des énormités cruelles décrites, on se dit que certaines doivent encore se passer, là et ici et partout. Ce petit livre ne peut laisser indifférent et rappelle à chacun ses responsabilités. Jusqu'à l'écoeurement tout est dit et l'on ne peut s'empêcher de penser que la vieillesse qui nous attend tous peut être un long chemin de croix physique et pis, psychologique. Dur et dérangeant.

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mercredi 14 janvier 2009

Tristes revanches - Yoko Ogawa

Num_riser0003

Etonnant et fascinant recueil de onze nouvelles qui, par des détails, nous plonge dans un mise en abyme déroutante. La lecture est rapide, haletante, de l'ordre d'un tourbillon. On passe d'une nouvelle à l'autre, avide de savoir, de comprendre ce qui la relie à la précédente ou à toute autre. Une telle construction laisse pantois et admiratif du savoir faire de l'auteur. Comme toujours, nous recevons des messages, hors temps, hors monde dit "normal", des personnages croisés au fil de la lecture. L'écriture, d'apparence simple, donne existence aux lieux, aux sensations, aux êtres. Jusqu'à l'ébahissement, jusqu'à l'écoeurement, Yoko Ogawa nous entraîne dans les dédales de l'inconscient, dans l'empire de l'onirisme, dans les méandres de l'âme humaine et nous nous laissons guider, étonnés  de supporter avec facilité le malaise, voire l'horreur. Un livre surprenant que j'ai aimé et comme toujours en lisant l'oeuvre de Ogawa, cette conviction de la nécessité de la relire.

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mardi 13 janvier 2009

L'Annulaire - Yoko Ogawa

Num_riser0001

Court et d'une densité qui solliciterait un échange verbal entre lecteurs tant il est porteur de sensations et d'interprétations diverses. L'écriture suggère plus qu'elle ne dit. Elle soulève en nous images et réflexions. Un univers clos, une jeune femme, deux dames âgées, un taxidermiste du souvenir, aucun ne laisse indifférent. Que poursuivent-ils? Que poursuivons-nous lors de cette lecture? Psychanalyse et littérature se rejoignent. Il y a d'un côté Yoko Ogawa qui écrit, projette et de l'autre, nous qui lisons et projettons à notre tour. C'est là que l'échange serait intéressant et riche. Les souvenirs (cela va de champignons à une mélodie en passant par les os d'un oiseau...) amenés par certaines personnes au laboratoire en disent long sur chacunes et sur le chemin poursuivi : ôter de soi-même un moment douloureux de l'existence en le transformant en "spécimen". J'ai un poids, je le dépose. La route qu'emprunte l'héroïne et ses chaussures symboliques qui l'entraînent ou la musèlent est édifiante. Qu'en penser? Est-ce elle-même qu'elle va porter en "spécimen" ou est-ce pour forcer l'amour qu'elle éprouve pour cet étrange Mr Deshimaru ou encore est-elle sous la coupe du mystère qui enveloppe le laboratoire dans lequel elle n'a jamais pénétré, Mr Deshimaru est-il la métaphore de la mort séduisante qu'elle rejoint? Sa durée dans le temps est étrange puisque les filles la précédant ont toutes disparu au bout de quelques mois (là aussi, le mystère plane). Il y a chez les clients comme chez les principaux protagonistes le rejet de se confronter à soi-même. Cette démarche de laisser à l'extérieur ce qui fait mal semble une fuite et le refus de regarder la vie telle qu'elle est : le bien, le mal, le laid, le beau, le sale, le propre, etc... Même dans la relation amoureuse, Mr Deshimaru ne s'implique jamais. Il y a une incommunicabilité totale et malsaine entre lui et elle... qui cherche, quoi? Court, dense, à relire.   

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