lundi 16 mars 2009
Mal de pierres - Milena Agus.
Histoire fascinante, ce "Mal de pierres" a séduit plus d'un lecteur. Raconter l'histoire serait déflorer l'étrangeté qui l'entoure dès son commencement jusqu'à la fin où tout s'éclaire. Une relecture serait alors intéressante, nous nous approprierions la vie décrite autrement. Une petite-fille révèle les rêves éveillés, les secrets d'une grand-mère mystérieuse qui vit dans une Sardaigne non moins envoûtante, pesant trop souvent de tout son poids sur l'avenir d'une femme placée au centre d'habitudes et d'exigences envahissantes. Les années se déroulent entre réalité et phantasme. Le style sensible de Milena Agus rend hommage à cette aïeule avec sobriété et lui conserve un halo de mystère tout en lui maintenant une humanité hors temps. On ignore parfois, souvent, ce qu'un être proche recèle de secret douloureux ou doux... et c'est souvent une génération plus tard que tout se dévoile, se comprend, s'accepte.
Livre sélectionné pour le mois de mars. Prix des lecteurs (Livre de Poche).
mardi 20 janvier 2009
La Concession du téléphone - Andrea Camilleri.
Sicile, 1891, une ligne de téléphone sollicitée par un de leurs concitoyens crée suspicions et délires parmi des notables d'une petite bourgade. S'il n'y avait que cela! Non, pour d'autres motifs, la mafia locale s'en mêle et tout va aller de rebondissements en rebondissements, de confusions en ignominies... qui accuseront le pauvre Genuardi notamment d'agitation révolutionnaire ( le dernier de ses soucis...). Le rire est au rendez-vous de cette satire divisée en "choses écrites" et en "choses dites". L'auteur a donné au roman un style particulier que l'on sent marqué par son habitude du théâtre. Non seulement on rit aux éclats mais on reste ébahi devant tant de mauvaise foi qui tourne à la psychose... On ne peut s'empêcher de penser aux vieux films italiens en noir et blanc dont l'excès nous envoyait tant de clichés de cette nation méditerranéenne. N'y a-t-il sous chacun un fond de vérité? Nous, européens d'un nord "modéré", nous délections de ces paroles excessives, de ce rythme débordant, de cette gestuelle débridée, de ces manifestations émotionnelles percutantes. Tout cela était moins superficiel que nous pouvions le penser : nous nous trouvions souvent renvoyés à bien des défauts enfouis. Tous ces ingrédients se retrouvent dans ce délicieux livre qui se déguste à la vitesse voulue par l'écrivain, vitesse déroutante parfois : il faut s'y tenir afin de ne pas se perdre dans la multitude de personnages intervenant dans l'histoire (sans doute est-ce pour cela qu'ils sont présentés dès avant de commencer le livre). Un excellent moment spirituel de lecture.
mercredi 4 juin 2008
Simonetta Greggio - Etoiles.
Nouvelle, fable moderne, etc... Il est vrai que la brièveté de cet écrit nous laisse sur notre faim... Oh! s'agirait-il d'un "livre apéro" destiné à titiller légèrement nos sens appauvris et aseptisés par des nourritures insipides mais pratiques pour la "ménagère de moins de cinquante ans" ? Cette prose gourmande fait fondre d'envie. Rechercher, toucher, préparer des ingrédients offerts à l'autel de l'amour par l'amour qui se joue patient, félin, gourmet est certes le plus raffiné et complet des plaisirs. Simonetta Greggio compose ici un poème à l'honnêteté culinaire (Gaspard) et une élégie amoureuse (Gaspard et Stella). Cela se lit amer ou sucré comme certains apéritifs, cela se boit sans surprise mais gouleyant et charnu, cela donne des envies de nuit tiède, de paroles "candi", de mets féériques... Recueil délicat.
mardi 27 mai 2008
La douceur des hommes - Simonetta Greggio.

Tout d'abord hommage à l'écriture vibrante et chaleureuse du premier roman d'un auteur italien écrivant en français. Livre aux personnages attachants, une Fosca octogénaire, riche d'expériences amoureuses qui livre à Constance (tiens, comme dans "L'Amant de Lady Chatterley" auquel l'auteur fait allusion lorsqu'elle introduit dans l'histoire, Olivier, le jardinier poète comme l'était Mellors) les fruits de ses rencontres et de ses douces amours. De belles phrases interpellantes où prédominent des envies féminines d'être mieux comprises, plus libres dans les choix et les désirs amoureux (l'histoire se répète). Sous les senteurs aillées de l'Italie et du Sud, sous les relents amers du bitume parisien, Simonetta Greggio nous envoie odeurs et couleurs qui se croquent à chaque étape de la vie. Elle ébauche et évoque la perte du désir et celle d'être désirée (je n'ai pu m'empêcher de penser à certains romans de Colette - "La fin de Chéri" - "La naissance du jour"). Sensualité à dévorer. Surtout ne pas laisser échapper une miette de la profusion à portée de mains, de lèvres et... d'amours. "Bouffer" la vie! "... la souffrance vient de la résistance au changement...", dit Fosca quelques instants avant de mourir. Rien que cette phrase, quelle leçon!
vendredi 14 décembre 2007
Donna Leon - Entre deux eaux
Le décor : Venise, l'hiver, l'acqua alta, les palazzi, les ponts... Tout ce qu'il faut pour nous dépayser et nous promener dans une Venise sans touristes, une Venise vénitienne, une Venise que l'on devine vibrante dans ses habitudes quotidiennes que nous ignorons parce que nous la rêvons trop.
Des personnages : le commissaire Brunetti, intègre et sans illusions sur ses pairs, l'archéologue et son amie la cantatrice soumise à l'opprobe de "bien-pensants", chacune typée dans son rôle respectif, le directeur du musée véreux, le mafieux corrompu jusqu'à la moëlle... Tout ce qu'il faut pour nous entraîner dans un monde parallèle où le soi-disant amour du beau recouvre un ego sur-dimensionné où la morale et le respect de la vie humaine n'est plus de mise.
Une situation : le monde de l'art. Tout ce qu'il faut pour en deviner les faces cachées.
Une lecture, la mienne : enthousiaste au début, ralentie souvent par certaines longueurs qui ne m'intéressaient pas, rapide à la fin grâce à l'action. Tout ce qu'il faut pour que l'intérêt porté à ce roman soit en dents de scie.
jeudi 6 décembre 2007
Lily Prior - La Cucina
Armand Point - L'automne (détail)
Ce livre est un délice mais si vous avez l'humour frileux, ne le lisez pas. Tout est dans l'outrance et l'on sait qu'elle se bâtit souvent sur un fond de vérité. Sicile mafieuse, sensualité et sexualité brutales et tendres à la fois, amoralité, immoralité, personnages monstrueux felliniens, excès du Sud dans les sentiments, les images, les situations, les odeurs, les goûts. Nous rions aux éclats devant l'énormité de cette Italie parodiée et des images en noir et blanc à la De Sica montent devant nos yeux, on le verrait bien adapter au cinéma ce livre, tant il est riche et visuel. Quatre saisons qui bâtissent l'héroïne et affirment la relation nourriture/frustration, nourriture/amour (ne dit-on pas dans le langage quotidien : "j'ai envie de te manger"...). Passion et nourriture vont de pair et constituent le fil conducteur de tout ce roman.
"Ainsi, nous avions l'un et l'autre appris notre leçon : l'Inglese était passé maître dans l'art de la cuisine sicilienne et moi, la bibliothécaire, j'avais appris ce que c'était que d'aimer un homme et d'en être aimée. Et cela avait été un vrai festin des sens."
Le festin est aussi pour nous, lecteurs et ce premier roman de Lily Prior (romancière anglaise) me donne envie de découvrir les suivants.



