Vivre en un jour les quatre saisons

Atmosphères et perceptions...

vendredi 10 juillet 2009

L'Amant - Marguerite Duras

Num_riser0012

proposé par Bluegrey

Je ne l'ai pas lu lors de sa sortie. J'avoue que je me méfiais de cette auteure dont le style particulier ne me plaît pas. Grâce à la chaîne, je l'ai enfin découvert et j'ai aimé. Le style me désarçonne toujours autant et m'agace parfois mais passé cet inconvénient, le rythme de lecture s'est établi de lui-même et l'histoire m'a plu et intéressée. Toute l'atmosphère des lieux a surgi et m'a imprégnée. La relation mère/fille m'a interpellée et l'histoire d'amour, unique comme toutes les histoires, particulière quant à l'âge, le lieu, l'amour intense de l'homme, m'a émue et donné une fois de plus à penser à cette phrase de Louis Aragon "Il n'y a pas d'amour heureux"...

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jeudi 9 juillet 2009

Un territoire fragile - Eric Fottorino.

Num_riser0008

Clara Werner, un passé difficile, un amour cruel, un mal être continuel... En Norvège où elle se rend, Clara rencontre d'autres lumières, d'autres climats, d'autres gens dont un "accordeur de corps". Sa peau n'est que souffrances et cris, marquée au plus profond d'elle-même par la difficulté d'être, la non reconnaissance de son existence, ni par sa mère, ni par son mari. Toutes ces blessures rendent son corps douloureux et fermé sur tout ce que la vie pourrait lui offrir. La rencontre avec cet homme capable de soulager et par la chaleur des mains et par la profonde connaissance non seulement de tout ce qui court sous la peau mais également par l'écoute du dit et du non-dit est émouvante. Il commencera avec pudeur l'exploration de tout ce que ce corps exprime. C'est un livre magnifique de sensibilité, de délicatesse, de tendresse pour l'être humain dans tout ce qu'il a de connu, méconnu, interdit. C'est une ode à ce corps qui, plus que les mots, rend compte de ce qui le corrompt. Après cette lecture, on se prend à l'écouter différemment...

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mercredi 24 juin 2009

L'allure de Chanel - Paul Morand.

Num_riser0005

"Coco" est à la mode. Pour en savoir un peu plus sur ce "personnage", le livre de Paul Morand fourmille en découvertes, en anecdotes, en témoignages et en coups de g... de la grande dame de la couture. En 1946, l'écrivain passa quelques temps dans le même hôtel de Saint-Moritz avec la couturière. S'ensuivirent des conversations que Paul Morand retranscrivit et qui devinrent des années plus tard ce "L'allure de Chanel" considéré comme "la plus flamboyante des oeuvres consacrées à Chanel". On y croise de nombreux artistes de l'époque comme Diaghilev, Picasso... On y trouve évoquées les amours de la dame : Boy Capel, Westminster... On y lit les conceptions prônées en matière de mode et qui révolutionneront l'art d'habiller la femme. On y découvre une femme intelligente, âpre, dure, orgueilleuse (elle insiste beaucoup sur cette vertu), autoritaire et méprisante mais seule, terriblement seule... Un témoignage d'une époque, d'un monde et d'une femme qu'on pourrait se prendre à détester tant ses certitudes sont dérangeantes.

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mercredi 10 juin 2009

Au Pays - Tahar Ben Jelloun.

Num_riser0002

Merci Tahar Ben Jelloun (ah! ce prénom coupé en son milieu par ce h mystérieux et chantant), de nous livrer une fois de plus un roman tout en délicatesse, émouvant, interpellant, nostalgique et onirique. Mohamed, le héros, arrive à la retraite et retourne vers le "bled" natal où il croit pouvoir réaliser son ultime rêve : réunir ses enfants dans la maison qu'il a bâtie de ses mains. A l'heure des multiples bilans, cet homme humble, religieux sans aucun fanatisme, travailleur courageux, constate l'éloignement de ses enfants engloutis par les us et coutumes de leur nouvelle patrie. Mohamed, lucide, déplore également les dérives de tous bords. C'est un homme simple et moral qu'on se prend à aimer.  Analphabète, réfugié dans ce qu'on lui a appris : la bonté, le respect, émigré dont l'âme profonde est toujours restée au pays, Mohamed n'a pas pu comprendre l'évolution de ses enfants. L'incommunicabilité est présente, cruelle pour cet homme dont le destin ne fut que journées de travail, sommeil récupérateur et refuge dans l'Islam. Des générations et des cultures différentes : la vie toute tracée, l'amour qui ne se vit pas, les paroles qui ne se disent pas... Il souffre silencieusement, dépassé par un pays dont il ne peut accepter les trop fortes différences. Le retour au sien est métaphorique, dramatique, étouffant. Tahar Ben Jelloun nous donne un récit digne mettant à l'honneur un homme parmi tant d'autres, à qui la vie a fait peu de cadeaux. Comme toujours, l'écriture magique de l'auteur, ses références aux contes, ses images chaudes que l'on ressent au plus profond contribuent à la beauté et à la profonde tristesse de cette histoire qui ne laisse pas indifférent. Décidément, Monsieur Ben Jelloun, je vous lis depuis le début et je ne m'en lasse pas...

Sur ce blog, "Sur ma mère", un puissant cri d'amour qu'on ne peut oublier...

Site officiel de l'auteur : ici

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lundi 8 juin 2009

Journal d'un rabbin raté - Victor Malka.

logo_babeliomasse_critique que je remercie infiniment.

Num_riser0001 Merci aux Editions du Seuil

J'ai choisi ce livre par pure curiosité et aussi à cause de l'intérêt que je porte à la culture hébraïque et arabe. Israël et la Palestine me fascinent. La lecture fut aisée bien que foisonnante de nombreuses références inconnues relatives à la vie, aux tensions, aux rivalités étonnantes entre rabbins, laïcité, judaïsme à "l'ancienne" et judaïsme réformé, israéliens, diaspora... Loin de moi de prendre une position mais mon étonnement fut grand devant certaines querelles qui me paraissent mesquines. Il y a beaucoup de leçons à tirer de cette lecture. J'ai apprécié la franchise et la lucidité de l'auteur quant à la situation actuelle. L'humour que l'on trouve dans ces pages est également source de réflexions. J'ai été ravie de voir citer Emile Shoufani, "le curé de Nazareth" dont la démarche est admirable. Avec de telles personnes, on se mettrait presqu'à espérer que la paix puisse enfin arriver...

J'ai retenu cette citation de Isaiah Berlin que je vous livre :

"Peu de choses, ont engendré davantage de malheurs que la conviction d'individus ou de groupes... d'être les seuls dépositaires de la vérité. C'est une terrible et dangereuse arrogance de croire que vous êtes le seul à avoir raison : vous avez un oeil magique qui voit la vérité et les autres ne peuvent donc avoir raison s'ils sont en désaccord avec vous."

Réflexions, dialogues, échanges, respect, compassion, empathie...

Interrogations qui font aller plus loin...

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mardi 14 avril 2009

L'avant-dernière chance - Caroline Vermalle.

Num_riser0005

Prix Nouveau Talent 2009 de la Fondation Bouygues Telecom-Metro

Premier roman tout en délicatesse et douceur, ce livre ne peut que toucher les coeurs sensibles, ceux qui ont conservé un peu de leur enfance bercée au rythme des jeux et entourée des personnes tutélaires parfois trop vite oubliées. L'histoire du grand-père Georges (83 ans) , de son "jeune" voisin-ami Charles (76 ans) défie le soi-disant bon-sens : parcourir en voiture les 3500 kilomètres d'un tour de France rêvé, idéalisé depuis plusieurs décennies. Le fait que la fille de Georges soit dans un pays lointain, sa petite-fille, Adèle, à Londres, sur le tournage d'un film ,"la Maison biscornue" d'après le roman éponyme d'Agatha Christie, offre une opportunité au grand-père de  programmer cette escapade secrète, du moins jusqu'à la première mésaventure qui l'obligera à tout avouer à Adèle. Par un subterfuge digne de l'adolescence mystérieuse, Georges s'est mis à utiliser un portable qu'il n'avait jamais jugé digne d'intérêt. Celui-ci deviendra tout au long du livre le symbole du dialogue retrouvé. Un grand-père et une petite fille se parlent enfin et s'avouent mutuellement, entre les lignes, le lien d'amour qui les unit même si la vie s'est chargée involontairement de les éloigner l'un de l'autre. Nous rions de bon coeur aux messages, écriture "moderne" nécessaire qui obtiendra l'adhésion totale d'un Georges un peu "vieille france". Nous parcourons les kilomètres avec les deux amis et particulièrement une bretagne vivifiante, grise et verdâtre sous le ciel d'automne (ah! la grande marée de Saint-Malo); nous sommes émus lorsque les deux hommes (deux caractères) s'avouent leur faiblesse et leur amitié profonde; la larme nous monte lorsque l'accident arrive, nous aurions voulu Georges éternel! Parallèlement nous pénétrons dans le monde factice d'un tournage de film et nous ressentons les doutes et les questionnements d'Adèle. Ce n'est pas un livre qui révolutionne la pensée mais sa simplicité, l'expression de sentiments sincères, l'amour font qu'il gagne en profondeur  pour qui sait entendre... Il est aussi une réflexion sur la relation entre générations. Sans aucune ambition, ce livre est une ode à la vie! D'une lecture légère, il nous en rappelle toute l'importance.

Merci à Caroline Vermalle de m'avoir donné l'occasion de découvrir son livre.

Son blog :  http://carolinevermalle.typepad.fr/

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lundi 23 mars 2009

Madeleine - Amanda Sthers.

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Madeleine, la quarantaine en mal de "l'autre" et en mal d'elle-même, est une figure émouvante et attachante. Perdue dans son silence intérieur, elle se confrontera au mutisme salvateur du seul homme, Mr Castellot, qui sera parvenu à conquérir non seulement ses sens mais surtout son coeur. Grâce à cette relation, elle parviendra à la liberté et à la reconnaissance. Etrange histoire que celle-ci, un homme en quête de ses propres retrouvailles débarque dans sa bretagne natale. L'odeur du varech, le bruit de la mer (purificatrice, libératoire pour Madeleine) sont puissamment présents tout au long de la lecture. Ils s'aimeront sans un mot (elle ignorera jusqu'à son prénom), seules quelques paroles révéleront Madeleine à elle-même et seul le silence qu'elle lui offrira permettra à l'homme de reconstruire son identité. Madeleine, rassérénée par l'amour vrai qu'elle aura donné de toutes ses forces, reprendra le chemin de sa vie banale mais qui aura trouver sa pleine justification. Les personnages gravitant autour ne sont guère enthousiasmants : banalité, a-priori, jugements, intérêts égoïstes, tristesse... Il y a des portraits savoureux de lucidité impitoyable sur les êtres dont l'horizon se borne à tellement peu de choses... Leur besoin d'autrui pour exister peut être pitoyable, castrateur, réducteur... Le karaoké mettant en lumière Rémi, l'amoureux transi, est un morceau d'anthologie quant à l'observation physique et psychologique du personnage... Il y a aussi la maison de retraite et la comédie musicale montée par le grand-père Jacques, etc... Ces passages font sourire mais on ressent dans notre amusement une amertume, une réalité pénible à reconnaître. Amanda Sthers, dans un style direct, composé de phrases courtes allant à l'essentiel, nous renvoit à la difficulté de vivre, à la difficulté d'être, à la difficulté d'aimer et au besoin de reconnaissance qui permet à chacun d'exister... Un très beau livre.

Selection mars 2009 - Livre de poche

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mardi 17 mars 2009

Au secours, pardon - Frédéric Beigbeder.

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De lui, je ne connaissais que "Windows on the world" que j'avais beaucoup apprécié. Quant à ce livre- ci... Des chapitres entiers sur ces  femmes russes, pauvres, dont la seule richesse est leur physique quantifié, notamment par  Octave,"talent scout", cynique, dépravé, fou amoureux de l'une d'entre elles, par qui la mort et la résurrection (?) viendront, m'ont lassée. Ce n'est pas de la littérature comme je l'entends et comme je l'aime. Quelques passages se veulent beaux et émouvants mais on les trouve ailleurs, sans cet enchevêtrement sexe, fric, people, titillation d'ego... La souffrance, on la lit autrement et autre part, dans une vérité brûlante et réaliste, sans passer par ces longs moments qui me paraissent du"people amélioré" (on comprend également certaines clefs...) Et puis ce méli-mélo de "bons mots", de boutades d'ado attardé, de digressions longues et ennuyeuses sur la richesse et ses satellites : beauté, corruption, drogue, puissance..., de considérations religieuses et/ou philosphiques, d'éreintements politiques... Sans oublier le feu d'artifice final, un bouquet fané... (jeu de mot oblige, je viens de refermer le livre...). Ce défoulement qui part tous azimuts me fait crier : "Au secours, pardon", je ne vous lirai plus.

Livre proposé en février - Prix des Lecteurs - Livre de Poche.

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jeudi 12 mars 2009

Mort aux cons - Carl Aderhold.

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Voilà un livre qui risque de faire parler de lui dans les chaumières... Des déclinaisons de cons se suivent, pareilles sur le fond, dissemblables sur la forme. Qui n'a jamais croisé un de ces cons et n'a ressenti une envie meurtrière jette la première pierre à Carl Aderhold. Cet auteur doué d'une observation implacable et lucide, pendant 400 pages, nous offre une dissection aigüe, ironique, féroce des travers de toutes les espèces de cons (depuis la concierge jusqu'à l'homme politique en passant par le chauffard, le chef de bureau... exactement cent quarante cons) qui peuvent exister sur terre, que nous côtoyons, sans parler de nous-mêmes en certaines circonstances. C'est un petit bijou à offrir au con qui vous ennuie, vous pourchasse avec ses grands élans de connerie qui vous fatigue, vous énerve, vous fait entrevoir l'agressivité que vous portez sans oser vous l'avouer et encore moins la montrer. Humour noir corrosif qui entraîne de grands éclats de rire, de la pitié, de l'écoeurement, ce "livre analyse" de la connerie prend un petit air de philosophie. A lire au second, au troisième degré, ce roman défouloir me paraît avoir une centaine de pages en trop, une certaine lassitude se ressent lorsqu'on a compris le mécanisme puis les cent dernières pages relancent l'intérêt. On le referme et sous influence, on regarde les autres différemment, on découvre chaque jour de nouveaux specimens, on pense "Mort aux cons!"... C'est un peu d'humour...

Il m'a fait penser à un autre petit bijou d'humour noir : "Crimes exemplaires" de Max Aub, un chef d'oeuvre de la littérature surréaliste.

Livre sélectionné pour le mois de mars. Prix des lecteurs (Livre de Poche).

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dimanche 8 mars 2009

Ma grand-mère avait les mêmes - Philippe Delerm.

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Philippe Delerm attire notre attention sur ces petites phrases que nous avons toutes et tous prononcées ou entendues. Il nous en montre et démontre les subtilités, les malentendus, les non-dits qu'elles peuvent susciter. J'en cite quelques unes évocatrices de souvenirs bons ou moins bons : "C'est le soir que c'est difficile" (émouvant témoignage de la solitude), "On ne vous fait pas fuir, au moins?" (double sens dérangeant), "Il faut le voir sur scène" (cela change tout!), "Ca devrait toujours rester comme ça" suivi de "J'ai horreur de cette phrase" (édifiant!), "Du côté de mon mari" (ou le racisme dans un couple...), et tellement d'autres puisque je n'en livre que six sur les trente-quatre proposées. C'est du Delerm comme on l'apprécie dans ses petits textes qui se resserrent autour d'une sensation, d'un moment quotidien et ici, d'expressions qu'il met en exergue et que nous redécouvrons avec amusement, émotion, étonnement (il y en a que je ne connaissais pas) et peut-être en se disant : celle-là, je ne la dirai plus...

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