Vivre en un jour les quatre saisons

Atmosphères et perceptions...

mardi 14 juillet 2009

La Bénédiction inattendue - Yoko Ogawa

Num_riser0007

Sept nouvelles qui touchent, comme à l'accoutumée, le monde de l'imaginaire et de la psychanalyse. Yoko Ogawa nous offre différents portraits ainsi que des atmosphères typées qui ne peuvent laisser indifférents. J'ai particulièrement été subjuguée par le récit "Plagiat", une mise en abyme extraordinaire et par "L'Echec de mademoiselle Kiriko" où le magique se partage l'imaginaire. On aime ou on n'aime pas mais quelle richesse et quel talent!

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lundi 13 juillet 2009

Rêves de garçons - Laura Kasisckhe

Num_riser0001

Comme dans les livres lus précédemment (ici et ici), Laura Kasischke s'y entend pour capter notre attention et faire monter notre envie de savoir. L'histoire se passe dans une Amérique de fin des années 70, trois adolescentes pom-pom girls participent à un camp. Elles se déplacent dans une mustang appartenant à l'une d'entre elles. Constitué de flash-backs, de moments présents et de futurs, le roman nous entraîne dans tous les désirs, les questionnements de cette tranche d'âge. Lors de leur équipée, elles croisent deux garçons, elles leur sourient. Plus tard, elles les rencontrent à nouveau et les provoquent. Les jeunes hommes semblent les suivre et c'est là que la tension atteint son paroxysme jusqu'à la fin inouïe que je ne dévoilerai pas. Un livre constitué d'observations lucides et de cruautés tour à tour inconscientes, féroces, incompréhensibles. 

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vendredi 10 juillet 2009

L'Amant - Marguerite Duras

Num_riser0012

proposé par Bluegrey

Je ne l'ai pas lu lors de sa sortie. J'avoue que je me méfiais de cette auteure dont le style particulier ne me plaît pas. Grâce à la chaîne, je l'ai enfin découvert et j'ai aimé. Le style me désarçonne toujours autant et m'agace parfois mais passé cet inconvénient, le rythme de lecture s'est établi de lui-même et l'histoire m'a plu et intéressée. Toute l'atmosphère des lieux a surgi et m'a imprégnée. La relation mère/fille m'a interpellée et l'histoire d'amour, unique comme toutes les histoires, particulière quant à l'âge, le lieu, l'amour intense de l'homme, m'a émue et donné une fois de plus à penser à cette phrase de Louis Aragon "Il n'y a pas d'amour heureux"...

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jeudi 25 juin 2009

La vie devant ses yeux - Laura Kasischke.

Num_riser0004

Livre qui, d'après la lecture d'autres critiques, ne laisse pas indifférent, passionne ou agace. Je l'ai apprécié, prise immédiatement par l'atmosphère dans laquelle évolue Diana. Une réalité quotidienne banale, trop sucrée, entre une fille de huit ans, un mari professeur plus que séduisant. Tout au long de ces journées édulcorées, il y a cependant une nature présente qui, elle, évolue. Les jeux de lumière évoqués, l'obscurité, la chaleur , la pluie, etc... soutiennent, immuables, inéluctables, une vie qui avance. Femme de quarante ans qui se remet en question, flash-back de l'adolescente qu'elle fut et du drame qu'elle vécut... Oui mais, certains détails troublent, sommes-nous vraiment dans la réalité ou sommes-nous dans une vie rêvée? L'épilogue est déroutant. Rejoint-il, comme je l'ai ressenti, ce prologue qui donne la chair de poule? "La vie devant ses yeux" est-elle cette vie que Diana, culpabilisée, mourante, s'imagine ou l'a-t-elle vécue? Serions-nous dans le fantastique?

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mardi 23 juin 2009

Les belles Années de Mademoiselle Brodie - Muriel Spark.

Num_riser0006

C'est un livre très facile à lire et qui ne lasse pas. Pédagogiquement, il amène beaucoup de réflexions sur les dangers d'une trop grande main-mise sur de jeunes esprits. Ce personnage de Mademoiselle Brodie me paraît plus que suspect non seulement dans sa manière d'enseigner mais également dans sa personnalité égoïste et manipulatrice. Son rejet de l'élève Mary MacGregor est à mettre au pilori. Ses anecdotes sur sa vie amoureuse, ses admirations politiques des années 30 sont plus que douteuses en tant qu'enseignante se racontant à de jeunes esprits... Quant à la machination finale, elle laisse rêveur. La narratrice, par la voix de Muriel Spark, est tour à tour dure, ironique, méprisante. On ne peut pas dire que la compassion soit très présente dans ce roman édimbourgeois à l'accent mi-anglais, mi-écossais. Ce sont des années bien noires qui se profilent à travers le milieu bien-pensant de cette école pour filles plus qu'aisées. Tout y est mesquin et laid. A lire.

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lundi 22 juin 2009

Amours en marge - Yoko Ogawa.

Num_riser0003

Mémoire et mots-maux. Mémoire souffrance qui se traduit somatiquement chez une jeune femme dont le mari vient de partir. Accablée d'acouphènes qui lui parlent brutalement, elle accepte de raconter expériences et symptômes à un magazine de santé. Elle découvre, fascinée, le ballet des doigts du sténographe qui prend note des divers témoignages. S'ensuivra un long échange doigts-mémoire pendant lequel les sons incongrus évolueront et feront évoluer l'héroïne. Il s'agit du premier roman "long" de Yoko Ogawa, paru en 1991 au Japon. Ce thème de la mémoire douloureuse est à la fois ardu et accessible. Il nous renvoit à nos propres expériences, à nos propres chaînes, à l'impact mental/corps et au décodage qu'il n'est pas toujours aisé d'accomplir.

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jeudi 21 mai 2009

L'odyssée de Pénélope - Margaret Atwood.

Num_riser0012

Num_riser0001 Proposé par Argantel.

Pénélope, célèbre dans toutes les mémoires pour sa tapisserie, nous interpelle depuis les Enfers et nous apparaît moderne à souhait. Femme au-delà du mythe, elle nous confie ses souvenirs, sa vérité de jeune fille livrée à Ulysse, ses douleurs, ses relations avec son fils, ses servantes, ses prétendants cupides. Elle nous apparaît réelle, humaine, rusée autant que son royal époux, victime douloureuse immolée sur le bûcher des vanités. Elle nous apostrophe en dénonçant les défauts éternels des hommes tant de son époque que de la nôtre. Un récit original constitué des monologues de Pénélope et des interventions du choeur des douze servantes (les différences sociales y sont bien décrites) à la manière du théâtre antique. De facture aisée, ce livre apporte une nouvelle lecture de l'histoire de Pénélope, proche de nous dans ses sentiments de femme.

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vendredi 17 avril 2009

Les monologues voilés - Adelheid Roosen.

monologues_voiles

Adelheid Roosen, metteuse en scène hollandaise, auteur dramatique, a joué dans "Les Monologues du vagin". Cette pièce a suscité chez elle l'envie de donner la parole à 70 femmes d'origine musulmane vivant aux Pays-Bas. Conséquence de ces interviews : 12 monologues incisifs, surprenants, drôles, interpellants, tragiques. Cette pièce, d'abord créée et présentée en français au Théâtre Poche de Bruxelles (une reprise aura lieu en 2010), tourne actuellement en Wallonie. Elle s'est jouée et se joue à Berlin, Boston, New-York ... Dans cette version, il s'agit de trois comédiennes arabo-belges et d'une musicienne (chant, luth, flûte et percussion) qui prendra également la parole en fin de spectacle. La mise en scène est sobre, misant sur une simplicité qui met en valeur le texte sans jamais tomber dans un lyrisme ou un ton mélodramatique qui ne serait que redondant et peu nécessaire. Chaque comédienne a son propre style qui tour à tour touche, émeut, parle, fait sourire, rend soudainement le public grave et accroché à leurs mots. Tous les sujets :  le mariage forcé, la virginité, l'excision, la domination masculine, la sensualité, le hammam, l'amour... sont abordés avec justesse. Ce qui peut déranger comme émouvoir. Toute femme ressentira dans sa chair les dérives que peuvent engendrer certaines coutumes nées d'une lecture biaisée des textes religieux, ici le Coran, ailleurs la Bible (un texte y fait d'ailleurs référence). Du vrai théâtre.

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mardi 14 avril 2009

L'avant-dernière chance - Caroline Vermalle.

Num_riser0005

Prix Nouveau Talent 2009 de la Fondation Bouygues Telecom-Metro

Premier roman tout en délicatesse et douceur, ce livre ne peut que toucher les coeurs sensibles, ceux qui ont conservé un peu de leur enfance bercée au rythme des jeux et entourée des personnes tutélaires parfois trop vite oubliées. L'histoire du grand-père Georges (83 ans) , de son "jeune" voisin-ami Charles (76 ans) défie le soi-disant bon-sens : parcourir en voiture les 3500 kilomètres d'un tour de France rêvé, idéalisé depuis plusieurs décennies. Le fait que la fille de Georges soit dans un pays lointain, sa petite-fille, Adèle, à Londres, sur le tournage d'un film ,"la Maison biscornue" d'après le roman éponyme d'Agatha Christie, offre une opportunité au grand-père de  programmer cette escapade secrète, du moins jusqu'à la première mésaventure qui l'obligera à tout avouer à Adèle. Par un subterfuge digne de l'adolescence mystérieuse, Georges s'est mis à utiliser un portable qu'il n'avait jamais jugé digne d'intérêt. Celui-ci deviendra tout au long du livre le symbole du dialogue retrouvé. Un grand-père et une petite fille se parlent enfin et s'avouent mutuellement, entre les lignes, le lien d'amour qui les unit même si la vie s'est chargée involontairement de les éloigner l'un de l'autre. Nous rions de bon coeur aux messages, écriture "moderne" nécessaire qui obtiendra l'adhésion totale d'un Georges un peu "vieille france". Nous parcourons les kilomètres avec les deux amis et particulièrement une bretagne vivifiante, grise et verdâtre sous le ciel d'automne (ah! la grande marée de Saint-Malo); nous sommes émus lorsque les deux hommes (deux caractères) s'avouent leur faiblesse et leur amitié profonde; la larme nous monte lorsque l'accident arrive, nous aurions voulu Georges éternel! Parallèlement nous pénétrons dans le monde factice d'un tournage de film et nous ressentons les doutes et les questionnements d'Adèle. Ce n'est pas un livre qui révolutionne la pensée mais sa simplicité, l'expression de sentiments sincères, l'amour font qu'il gagne en profondeur  pour qui sait entendre... Il est aussi une réflexion sur la relation entre générations. Sans aucune ambition, ce livre est une ode à la vie! D'une lecture légère, il nous en rappelle toute l'importance.

Merci à Caroline Vermalle de m'avoir donné l'occasion de découvrir son livre.

Son blog :  http://carolinevermalle.typepad.fr/

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lundi 30 mars 2009

Les Années Douces - Kawakami Hiromi.

Num_riser0005

C'est un livre dont j'ai réparti la lecture en plusieurs semaines. J'ai découvert les chapitres doucement, comme un bonbon lentement dégusté, entre d'autres romans au style plus alerte, plus incisif, plus dévorant. Le lire en une seule traite m'eût semblé ennuyeux. Tandis qu'ainsi, petit à petit, je rejoignais un rendez-vous agréable, zen, reposant et y ai passé de bons moments. Voilà aussi qui change d'une certaine littérature japonaise remuante et dérangeante. Douceur, douceur et encore douceur de la vie qui s'écoule, soudainement mise en suspension grâce à la rencontre de Tsukiko avec "le Maître", son ancien professeur de japonais. Ils partageront certes beaucoup de saké et de nourriture mais surtout les émotions subtiles, le quotidien porteur de richesses insoupçonnées, les questionnements d'apparence légère sur eux-mêmes, les haikus et la nature, la découverte de l'amour pour elle et l'acceptation de s'y laisser aller pour lui, malgré l'âge qui le retenait. Livre délicat qui semble ne rien raconter de fondamental si ce n'est que l'important est la relation unique qui peut s'établir entre deux êtres dans la discrétion des heures et des jours, voire des "Années douces".

"Si c'était un grand amour, il était primordial d'en prendre soin, comme d'une plante à qui on donne de l'engrais ou qu'on protège de la neige. S'il s'agissait d'une autre espèce d'amour, inutile de s'inquiéter, il suffisait de le négliger en attendant qu'il se déssèche."

Ce que fit Tsukiko avant de se rendre compte...

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