lundi 13 juillet 2009
Rêves de garçons - Laura Kasisckhe
Comme dans les livres lus précédemment (ici et ici), Laura Kasischke s'y entend pour capter notre attention et faire monter notre envie de savoir. L'histoire se passe dans une Amérique de fin des années 70, trois adolescentes pom-pom girls participent à un camp. Elles se déplacent dans une mustang appartenant à l'une d'entre elles. Constitué de flash-backs, de moments présents et de futurs, le roman nous entraîne dans tous les désirs, les questionnements de cette tranche d'âge. Lors de leur équipée, elles croisent deux garçons, elles leur sourient. Plus tard, elles les rencontrent à nouveau et les provoquent. Les jeunes hommes semblent les suivre et c'est là que la tension atteint son paroxysme jusqu'à la fin inouïe que je ne dévoilerai pas. Un livre constitué d'observations lucides et de cruautés tour à tour inconscientes, féroces, incompréhensibles.
jeudi 25 juin 2009
La vie devant ses yeux - Laura Kasischke.
Livre qui, d'après la lecture d'autres critiques, ne laisse pas indifférent, passionne ou agace. Je l'ai apprécié, prise immédiatement par l'atmosphère dans laquelle évolue Diana. Une réalité quotidienne banale, trop sucrée, entre une fille de huit ans, un mari professeur plus que séduisant. Tout au long de ces journées édulcorées, il y a cependant une nature présente qui, elle, évolue. Les jeux de lumière évoqués, l'obscurité, la chaleur , la pluie, etc... soutiennent, immuables, inéluctables, une vie qui avance. Femme de quarante ans qui se remet en question, flash-back de l'adolescente qu'elle fut et du drame qu'elle vécut... Oui mais, certains détails troublent, sommes-nous vraiment dans la réalité ou sommes-nous dans une vie rêvée? L'épilogue est déroutant. Rejoint-il, comme je l'ai ressenti, ce prologue qui donne la chair de poule? "La vie devant ses yeux" est-elle cette vie que Diana, culpabilisée, mourante, s'imagine ou l'a-t-elle vécue? Serions-nous dans le fantastique?
samedi 28 mars 2009
L'étrange histoire de Benjamin Button et La lie du bonheur - Scott Fitzerald.
Déstabilisante histoire d'une vie à rebours. Courte nouvelle fantastique où l'on sourit, où l'on se pose des questions... Qu'a voulu démontrer l'auteur? Quel que soit le chemin emprunté, l'homme reste le même. Les rejets, les douleurs sont toujours présentes lorsqu'il y a différence. Ou est-ce simplement une nouvelle fantaisiste? Tout dépendra de la lecture que l'on en fera. Pour ma part, je lui ai trouvé un sens très désenchanté. Il ne me reste plus qu'à aller voir le film... Quant à la deuxième nouvelle, "La lie du bonheur", quelle tristesse, quelle bonté...
vendredi 20 mars 2009
A moi pour toujours - Laura Kasiscke.
Il y a un fossé entre ce qu'elle fut et ce qu'elle pense être. L'héroïne de ce livre haletant ressent en cette quarantaine qui lui pourrit la vie l'impression que celle qu'elle a vécue jusqu'à présent n'est qu'un leurre, un vide d'une vingtaine d'années où elle ne fut qu'épouse et mère. Le fils à l'université, un conjoint un peu endormi avec lequel elle a bâti des relations intimes basées sur les fantasmes. Complicité du couple qui tente de se retrouver mais le fossé est étroit entre divagations et réalité. Sherry Seymour, prise entre les mailles du filet de différents quiproquos tissés par elle-même, par son époux et par Sue, une amie au profil amical douteux, s'y brûlera les ailes et entraînera dans ce brulot mari et fils. Nous suivrons sa descente aux enfers jusqu'à l'incompréhensible qui se produira et détruira à jamais cette famille qui, d'unie, deviendra une famille détenant l'inavouable. La société américaine se profile tout au long de l'histoire : un campus, des banlieues, l'autoroute, les marines, etc... Dans ce cadre, une femme se débat entre la peur de vieillir, l'interdit dépassé, les signes offerts par la nature, une biche tuée sur la route et qui au fur et à mesure de ses passages en voiture deviendra une métaphore du temps pourrissant. Les scènes plus crues ne m'ont pas choquée : elles permettent de comprendre jusqu'où se perd Sherry (sans oublier la part de responsabilité revenant au mari). L'auteure nous entraîne dans un univers où les limites ne sont plus claires ni pour l'un ni pour l'autre. Les mots, les phrases se succèdent et ne nous lâchent plus jusqu'au point final. Des moments atroces, tristes, blessants, beaux qui captent, jusqu'à l'intime, l'histoire d'une femme plongeant dans les eaux troubles du "je t'aime, moi non plus".
Sélection février 2009 - Livre de Poche - Prix des lecteurs.
mercredi 11 mars 2009
La duchesse de Bloomsbury Street - Helene Hanff.
Celui qui a lu le "84, Charing Cross Road" ne peut manquer de lire la suite. En 1971, Helen Hanff se rend à Londres, son premier voyage à l'âge de cinquante-quatre ans. Elle y rencontera la veuve de Frank Doel, l'ami libraire. Elle y découvrira la fameuse librairie "Marks & Co". Elle sera pilotée ou croisera des personnages pittoresques et tiendra son journal au jour le jour. Ce qui nous donne ce "La Duchesse de Bloomsbury street" du nom de la rue où elle logeait et qui la fit s'en décréter la "Duchesse". Ce livre nous montre une femme de caractère, à l'humour parfois féroce mais ô combien lucide, sachant reconnaître ce qui "est" et non ce qui "paraît". Son enthousiasme est tel que l'envie d'être à Londres m'a tenaillée pendant toute la lecture. Je me verrais très bien dans les rues de la ville, son livre à la main, parcourir les endroits comme si quelque part, elle m'y emmenait... Un superbe petit livre tonique, on est triste lorsqu'il s'arrête...
vendredi 23 janvier 2009
Chroniques de San Francisco - Armistead Maupin.
Imaginez une soirée entre amis. Au lieu de cadeaux, chaque invité apporte un livre. On les met dans un grand sac et chacun tire au sort. C'est ce qui m'est arrivé récemment. J'ai donc hérité de huit livres. Certains me plaisent, d'autres me sont inconnus, quelques uns se retrouvent chez moi et je les regarde d'un air suspicieux et amusé, je ne les aurais pas spécialement achetés... J'ai accepté le principe, je jouerai le jeu jusqu'au bout et je les lirai!
Le livre que je présente aujourd'hui fait partie de ceux que je contemple avec des yeux étonnés et avec une moue dubitative. De la littérature? Hé bien oui, il n'y a pas "qu'Une" littérature, il y a des littératures comme il n'y pas qu'"Une" musique mais des musiques. Voilà matière à discuter... Puriste intransigeante? Ou curiosité ouverte sur tout ce que notre époque propose? Car il s'agit bien ici d'un roman typique d'une société américaine des années 1970 dont on retrouve toutes les caractéristiques (la blouse de "pâtre grec", les colliers de perles, les rêves utopiques d'hippies déçus et dramatiques...) mais il y a aussi (indémodable à travers les époques) les désirs arrivistes, l'argent qui coule à flot (chez certains autres "paumés"), l'amour, encore, toujours l'amour, souvent bafoué par l'un ou l'autre, jamais satisfait, toujours en attente, une immaturité affective constante. Tous les ingrédients, toutes les "ficelles" des séries américaines "glamour", "sex", "money", "business" s'y retrouvent. Même le découpage du livre sent son feuilleton qui relance sans cesse l'envie de connaître la suite et ça marche! J'ai lu ce livre à la vitesse du TGV, je me suis amusée à relever tous les "trucs" et je me suis prise au jeu de vouloir savoir ce qui allait se passer. Quelques vulgarités ne m'ont plus amusée et j'ai peiné à terminer ces histoires qui se font, se défont, se croisent, se maltraitent et nous maltraitent tant par la pauvreté du fond que par la banalité de la forme. A lire comme un roman feuilleton consommé rapidement sur un quai de gare... (il y a encore six tomes).
mardi 7 octobre 2008
84, Charing Cross Road - Hélène Hanff
Tellement d'avis, tellement de choses déjà dites ou écrites sur ce petit livre qui se dévore en deux heures de temps. Correspondance entre Hélène Hanff, new-yorkaise amoureuse de livres et particulièrement de certains de la littérature anglaise qui s'avèraient introuvables si elle n'avait découvert un jour cette librairie spécialisée dans les "livres épuisés", le 84, Charing Cross Road, avec qui elle entretiendra par l'entremise d'un de ses représentants, Frank Doel, un échange épistolaire pendant vingt ans. A travers ces lettres, nous découvrons la femme drôle, mordante, piquante, amoureuse passionnée de la chose écrite qu'est Hélène Hanff. Nous découvrons aussi son humanité lors de cette après-guerre où le ravitaillement pénible la transforme en bienfaitrice (humble) et en bonne fée auprès de tous les employés. La lettre de l'épouse de Frank Doel, après la mort de celui-ci, est particulièrement émouvante et révélatrice de la place que peut prendre une correspondance entre deux êtres... Dommage qu'ils ne se soient pas tous rencontrés lorsqu'il en était encore temps. Quant à la postface, elle donne l'éclairage nécessaire à ce qui s'est passé après la publication des lettres et le ressenti de l'auteur (amertume et fatalisme). Pourquoi ce livre a-t-il fait l'objet d'un culte tel que le mentionne la quatrième de couverture? C'est une très belle histoire, certes, mais dont l'impact paraît avoir dépassé ce qu'il en est simplement : un échange riche de courrier qui reflète une tranche de vie et une époque.
mercredi 5 mars 2008
Les Rêves des autres - John Irving.
Je l'avoue, je n'ai jamais lu John Irving dont j'entendais beaucoup parler et à propros duquel je lisais maints commentaires enthousiastes. J'ai commencé par un livre un peu à part puisqu'il s'agit de nouvelles, sept en tout. Toutes ne m'ont pas charmée mais toutes m'ont intéressée. La première qui donne son titre au recueil est étrange, désarçonnante avec ses quelques phrases qui soudain suspendent la lecture. La suivante "Un énergumène passe à table", par le biais d'une parabole, répercute la douleur de la différence. La troisième "L'espace intérieur" m'a beaucoup plu, les lieux, les personnages se mettaient à vivre et contentaient les "lecteurs-voyeurs" que nous sommes. A regret, l'histoire s'arrêta, limitée par le genre (même sensation pour "Un royaume de lassitude", la cinquième). Elles renferment une telle force de vie, une telle présence qu'on en sort frustré et plein de questions. La quatrième "Dans un Etat proche de l'Iowa, ou l'itinéraire qui mène à l'état de grâce" nous conte une fugue partagée entre un homme et sa voiture : miracle de l'écriture, même en passant par des phases d'étonnement, on y croit et on se prend à être désolé de ce qui lui arrive. On se promène d'états américains en états américains, on attrappe des noms qui sont au fond de nous, on voyage de motel en motel, des images de films montent à nos yeux, les grands espaces éblouissent. Les deux dernières sont autobiographiques. L'avant-dernière nous montre la naissance de l'écrivain, les fondements de la fiction/réalité. La dernière "Mon dîner à la Maison-Blanche" nous fait faire connaissance avec un John Irving démocrate, un Clinton porteur d'espoirs, un Bush!!! (le père)"dégueulis" (anecdote amusante et répugnante, mais chut! à vous de lire!), un Reagan dont on se souvient que l'Europe, moqueuse, regardait ce cow-boy sorti tout droit d'un western de série B, en se demandant dans quel mauvais feuilleton donnait l'Amérique; bref, rien que ce dernier écrit vaut le détour.
vendredi 14 décembre 2007
Donna Leon - Entre deux eaux
Le décor : Venise, l'hiver, l'acqua alta, les palazzi, les ponts... Tout ce qu'il faut pour nous dépayser et nous promener dans une Venise sans touristes, une Venise vénitienne, une Venise que l'on devine vibrante dans ses habitudes quotidiennes que nous ignorons parce que nous la rêvons trop.
Des personnages : le commissaire Brunetti, intègre et sans illusions sur ses pairs, l'archéologue et son amie la cantatrice soumise à l'opprobe de "bien-pensants", chacune typée dans son rôle respectif, le directeur du musée véreux, le mafieux corrompu jusqu'à la moëlle... Tout ce qu'il faut pour nous entraîner dans un monde parallèle où le soi-disant amour du beau recouvre un ego sur-dimensionné où la morale et le respect de la vie humaine n'est plus de mise.
Une situation : le monde de l'art. Tout ce qu'il faut pour en deviner les faces cachées.
Une lecture, la mienne : enthousiaste au début, ralentie souvent par certaines longueurs qui ne m'intéressaient pas, rapide à la fin grâce à l'action. Tout ce qu'il faut pour que l'intérêt porté à ce roman soit en dents de scie.








