dimanche 19 avril 2009
Chéri - Stephen Frears.
Il est toujours difficile, après avoir lu et relu une oeuvre depuis de nombreuses années, de se laisser aller... J'avais construit mes propres images, il me fallut un certain temps pour accepter que Léa possède les traits de Michelle Pfeiffer (trop mince, trop raffinée), que les amies de Mme Peloux, la mère de Chéri, soient aussi caricaturales jusqu'à l'outrance, que Chéri (Rupert Friend) soit plus androgyne que je ne l'avais imaginé. Passés ces chocs de lectrice assidue, le film m'a plu. La reconstitution des décors étouffants dans lesquels évoluait ce demi-monde parisien où l'on déchiquetait à pleines dents faussement souriantes est superbe. On retrouve le texte de Colette mais le style, la patte spirituelle et sensuelle de l'auteur est difficile à goûter pleinement. Je me suis demandée comment les non initiés à l'écrivain et comment la jeune génération allaient ressentir ce livre mis en images, certes belles, mais qui ne rendent pas pleinement l'oeuvre écrite. Elles me semblent compromettre l'envie de la découvrir? Les comédiens rendent bien la déchirure que provoque cet amour impossible mais vrai qui les brisera à jamais. Le film évoque non seulement "Chéri" mais aussi, sans entrer dans les détails du roman, "La Fin de Chéri". Cette femme en marge du "Monde" et du "Demi-monde" devient terriblement humaine devant cet amour, le dernier et le seul, qui la terrasse. Quant à Chéri, pauvre victime... qui vécut dans un monde parallèle que la première guerre mondiale va balayer, il ne se remettra jamais de n'avoir pas trouvé de sens à sa vie et d'avoir aimé d'un amour que le Temps a rendu impossible. Tout cela, le film le montre bien.
Billet sur le livre dans la catégorie "L'oeuvre de Colette".
mercredi 18 mars 2009
Le Bal des actrices - Maïwenn.

Voici quelques réactions entendues:
Qu'ai-je vu? Qu'ai-je retenu? Je ne me suis pas ennuyée mais que m'a apporté ce film? Elle m'est apparue bien narcissique la démarche de la réalisatrice. En quoi cela me concerne-t-il les "vapeurs" de l'une ou de l'autre, les ambitions déçues, les petites mesquineries, l'exhibitionnisme exacerbé me mettant d'autant plus en position de voyeuse... Des témoignages (entre réalité/fiction), des tranches de vie? Un peu d'humour, un second degré, beaucoup de larmes, une soif d'amour, des caprices, le travail du comédien parodié? Qu'en dire de plus? Oui, bien sûr, le jeu est bon, les prises de vue originales, se voulant réalistes (gros plans), bougeant parfois trop, les intermèdes musicaux fantaisistes et amenant la dérision.
Ou...
Je me suis bien amusée, elles sont comme nous tout compte fait. Tout n'est pas aussi rose qu'on veut bien nous le faire croire dans cet univers de rêve : argent, célébrité,... On peut se reconnaître dans l'une ou l'autre. La mesquinerie féminine, ses coups de gueule et ses coups de coeur. La peur de vieillir, l'image, le poids de la société sur les ans qui passent. C'est tonique, vif, naturel, réaliste, moderne. C'est amer et émouvant. L'ego des actrices? On s'y retrouve...
Quant à moi, avis mitigé.
Et vous?
mardi 10 mars 2009
Le liseur - Stephen Daldry
Sensations diverses en sortant de ce film qui ne quitte pas facilement notre pensée. Voilà qu'on se met à éprouver une tristesse immense pour cette femme qui pourtant ne le mérite pas. On tente de l'excuser en essayant d'expliquer ce qui a pu provoquer l'ignominie auquelle elle a participé : jeunesse, analphabétisme... On la plaint presque de "payer" pour d'autres qui, comble de l'horreur, refusent de reconnaître leur monstruosité passée. Elles l'accableront. Une de ses erreurs, lors du procès, sera celle d'un amour-propre excessif. Au plus profond d'elle-même gît le déshonneur de ne savoir ni lire ni écrire. Il y a aussi l'Allemagne d'après-guerre, la culpabilité présente sous toutes ses formes, historique et privée. On la ressentira creusant un puits profond dans la vie de "Kid", adolescent, jeune homme et homme marqué à jamais par la rencontre avec cette femme qui l'initiera un été à l'amour et qu'il retrouvera au ban des accusées dans un procès qu'il suivait en tant qu'étudiant en droit. Impossible de rester indifférent à tout ce qui se déroule sous nos yeux et qui perdure bien après la fin du film. Tant de réflexions, tant de remous... Des destins, des contextes...
L'interprétation magistrale des acteurs y contribue. La fragilité du jeune face à Kate Winslet dont les transformations au cours de l'histoire est du plus grand art émeut jusqu'aux larmes. J'ai vu quelques spectateurs essuyer discrètement leurs yeux, rares sont ceux qui, comme moi, n'ont pas quitté la salle, en questionnement, un peu en désarroi...
Le réalisateur nous avait déjà offert le magistral "The Hours", il réussit un coup de maître avec celui-ci.
Quant au parallèle entre film et livre, je ne peux le faire, n'ayant pas encore lu le roman. Mais est-il nécessaire? Ou considère-t-on l'un et l'autre séparément?
vendredi 27 février 2009
Doute - John Patrick Shanley.
1964 - une école catholique dans le Bronx - la soeur directrice interprétée magistralement par Meryl Streep - une jeune soeur naïve - un prêtre - le premier élève noir de l'établissement - une morale douteuse dans ses jugements, son intolérance, ses soupçons - une accusation.
Tels sont les différents pôles de ce film que l'on reproche filmé trop "théâtre" par son réalisateur. Bien sûr d'aucuns pourront être dérangés par ce manque d'action cinématographique. Ce ne fut pas mon cas tant mon intérêt s'est porté sur le texte et sur le jeu à la fois sobre et profond de tous les comédiens. Film conçu avec de nombreuses subtilités : l'observation de la vie des soeurs en comparaison de celle des prêtres, les angoisses de la directrice et de Soeur James, l'odieux sourire du jeune lors du discours d'adieu du prêtre, etc...
Plusieurs lectures du film peuvent avoir lieu. Sans ... doute certains sortiront avec une conviction : le prêtre est coupable ou le prêtre est non coupable.
Quant à moi, coupable, non coupable? Doute. Silence et protection de l'Eglise envers ses membres fautifs? Doute (dans le film!). Paroles à double sens de la mère? Doute. Que penser? Doute.
En cela le film est une réussite : je suis sortie en ... doutant.
jeudi 5 février 2009
Les Noces rebelles.
Les années cinquante, un couple, deux enfants, des désirs de réalisation, l'insatisfaction de la "prison quotidienne, sans entrée ni sortie". Les moeurs de ces années d'après-guerre, l'aisance financière qui apparaît, la maison et la cuisine équipée typiquement américaine mais... dès le début du film, le ton est donné lorsque nous apercevons tous ces hommes en costumes, chemises blanches, cravates et chapeaux sur le quai de la gare, attendant sans identité, impassibles, le train dans lequel nous les retrouvons absorbés par leur journal. A la sortie, d'un même pas, ils rejoindront leur travail le regard vrillé sur on ne sait quel avenir. Et c'est là que se trouve le noeud du problème, le sens à donner en dehors de cette banalité qui tue les êtres. C'est ce que ressent profondément aussi l'épouse demeurée à la maison : rêves brisés, cuisine, enfants, solitude, voisine envahissante... Le couple se déchire, chacun se rebelle tour à tour puis l'un se laisse prendre par les mirages de la réussite, de l'ascension sociale, tandis que l'autre s'étiole, se détruit jusqu'à ce que mort s'en suive. Les deux interprètes donnent à leur personnage toute la crédibilité nécessaire. Kate Winslet est émouvante et terrifiante à la fois. L'insatisfaction qui la déchire nous touche et nous atterre par delà les années. Léonardo di Caprio, par un jeu nuancé, passe aisément d'accès de colère à la faiblesse, voire à l'immaturité typiquement masculine. Les deux protagonistes existent sans que l'un domine l'autre et permettent que l'on y croie. Cependant un creux apparaît vers le milieu du film qui semble tirer en longueur et tourner en rond avant de susciter à nouveau l'intérêt au moment de l'épilogue dramatique. Une réserve : le coup du fils de la voisine, intelligence supérieure psychiquement atteinte, à qui le réalisateur fait prendre le rôle de "l'oracle" qui révèle la vérité qui fait mal, est un peu gros. En conclusion, un film qui se regarde avec intérêt mais qui par ses imperfections ne peut prétendre à rentrer dans la catégorie des films marquants.
jeudi 25 septembre 2008
Mamma Mia !
Les critiques divergent. Certaines sont enthousiastes et euphorisantes. D'autres sont plus réservées et d'autres encore rejettent carrément ce film qui est un pur divertissement. Tout dépend donc de notre manière de l'aborder et de l'état d'esprit dans lequel nous nous rendons au cinéma. Le mien, hier, après une après-midi de cours intenses, était disponible et n'espérait que détente, joie tonique, pur bonheur en dehors de toute réalité sombre ou de grandes idées philosophiques et autres. Là, je fus comblée, les chansons, le savoir-faire américain, les acteurs et actrices parfaits (ah! Meryl Streep), les chorégraphies réglées avec cette rigueur typique des grandes comédies musicales d'outre-atlantique, tout contribua à me faire passer une soirée plus qu'agréable. Bien sûr, il ne faut pas s'arrêter à l'histoire (elle n'est qu'un prétexte) qui se devine aisément et on pardonne quelques longueurs tant le dynamisme pétillant submerge bien vite un scénario truffé de lieux communs et peu importe... Il faut pouvoir parfois se laisser aller et jouer le jeu... du rêve, du gentil, des bons sentiments et d'une musique folle que l'on aime et qui trotte dans notre tête...
vendredi 6 juin 2008
Eldorado - Bouli Lanners.
Primé à Cannes : prix "Label Europa Cinémas" (meilleur film européen à la Quinzaine des réalisateurs) et prix "Regards jeunes". Il a également reçu le "Prix de la Fipresci (prix de la critique internationale).
Superbe film!
Les intermèdes silencieux parlent autant que les mots, si ce n'est parfois plus. Film sur la dualité entre espérance et déception. Le héros joué par Bouli Lanners touche : marginalité, sensibilité, bonté, on l'aime. La relation qu'il entretient avec le jeune drogué (regard immense comme un marécage boueux, stagnant, dans lequel on lit toute la souffrance et l'humanité bafouée, il séduit) nous pousse à croire en la main tendue qui peut sauver... Leurs échanges, à travers parfois de petits dialogues absurdes et surréalistes, sont intenses. Chacun apprécie l'autre, chacun avec son vécu, ses expériences douloureuses mais le dialogue sera celui d'un sourd (Ah! la profondeur du regard de Bouli Lanners ne voyant pas revenir le copain de déroute, le "chien perdu sans collier"). L'épisode du chien est terrible à supporter : si l'homme est si laid dans ses actes, notamment avec les plus faibles, combien il est difficile de supporter la vie pour les êtres fragilisés. La scène avec la maman est extraordinaire de sensibilité et d'émotions tant sur le plan de la comédienne effondrée sur fond de cris qu'on ne comprend pas (dispute entre père et fils) mais dont on devine toute la portée destructrice. Nous nous trouvons dans un monde de non-dits qui en disent tellement. La portée est universelle tout comme l'histoire (la voiture américaine, les buildings brouillés de cette ville belge que je connais bien...). Un moment d'ironie tendre amène le rire dans la salle suspendue entre ce qui se passe sur l'écran et ce qu'elle ressent : Alain Delon dans la verdeur de sa nudité (rêve par l'appropriation de l'autre, beau, riche, célèbre...). Un film subtil et sobre qui marque les esprits qui veulent entendre et acceptent de voir.
vendredi 23 mai 2008
Deux soeurs pour un roi - Justin Chadwick.
Ce film m'a plu. Atmosphère sombre, austère, cruelle comme on peut imaginer ce XVIe siècle anglais et la cour de Henri VIII qui a pris dans notre imaginaire les traits du Barbe-Bleue de Charles Perrault. Le titre résume tout. Mary, soeur d'Anne, sera d'abord la maîtresse du roi. Mais lorsque cette dernière, revenant d'un exil à la cour de France entreprendra manoeuvres de séduction, basses vengeances... et séduira le souverain, Mary, après avoir accouché d'un fils, bâtard de Henri VIII, sera contrainte à l'exil par sa soeur. Nous connaissons ou devinons la suite : séparation avec l'église catholique afin de pouvoir épouser Anne (Catherine d'Aragon, la première épouse, étant répudiée), naissance d'une fille (la future Elisabeth I), la jalousie, les accusations horribles, la décapitation (à l'épée et non à la hache - suprême mansuétude!)... Tout nous propulse et maintient notre attention. Chaque caractère est bien représenté (douceur et fatalisme de Mary, arrogance et cruauté d'Anne, inhumanité et arrivisme du père, perversité et cruauté de l'oncle, inhumanité et égoïsme de Henri VIII). Seule la mère montre un sentiment humain comme nous l'espérons.
Mais pourquoi changer l'Histoire? J'ai beaucoup de difficultés d'accepter les transformations de la réalité historique (ex. : la relation des deux soeurs, l'enfant de Mary déclaré bâtard du roi, etc...). La vie de tels personnages à leur époque est déjà tellement dense que je ne comprends pas pourquoi il est nécessaire de travestir la vérité. Que des parties inconnues dans la biographie ou une période puissent être interprétées me paraît normal mais lorsque les faits sont connus, je le déplore...
samedi 5 avril 2008
Sans plus attendre - Rob Reiner.
Loin de moi de n'avoir pas été sensible à l'interprétation des deux comédiens, monstres sacrés du cinéma outre-atlantique, à savoir l'inquiétant Jack Nicholson et l'émouvant Morgan Freeman. D'un sujet grave, on en retire la vie plus forte que la mort, l'amitié et l'amour transcendant l'épreuve mais il est difficile de croire à la vraisemblance d'une telle histoire. D'aucuns y verront le thème de la maladie et de la mort traités avec pudeur et espoir, d'autres ressentiront la touche hollywoodienne et la marque américaine : Dieu, famille et bons sentiments, c'est un peu mon cas.
mercredi 12 mars 2008
Bienvenue chez les Ch'tis - Dany Boon
N'y cherchons pas l'histoire, laissons-nous simplement aller à la saveur de l'accent, des expressions, des clichés à l'humour absurde, des habitudes d'une région et rions de bon coeur en compagnie de Dany Boon dont on perçoit l'amour sincère et le regard tendre qu'il lui porte. Habitant le Nord (un autre Nord), nous relevons les points communs patoisant et les us et coutumes (frites-carillons-géants...). D'ailleurs dans la salle de cinéma que le public envahissait (chose rare), les réactions doublées de rires sonores apparaissaient lors de ces paroles que l'on connaît mais que l'on n'utilise plus guère. A part le ch et le q, il y a une ressemblance entre le ch'ti et le wallon. Je suis certaine que les "hein" vont perdurer en plaisanterie dans le langage. Aucun ennui, aucune longueur dans ce pur moment de bonheur sans prétention et "bon enfant". Des comédiens naturels même dans l'outrance. Dany Boon et sa voix particulière qui ajoute au charme du ch'ti, Kad Merad excellent, Line Renaud savoureuse dans le rôle de la mère ourse au grand coeur, sans oublier tous les autres qui colorent le film avec une crédibilité incontestable.








