jeudi 16 avril 2009
Charles Szymkowicz : à voir ici ou ailleurs.
"La Poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe..."
Léo Ferré.
Le peintre néo-expressionniste Charles Szymkowicz, le chanteur Léo Ferré.
Deux révoltés lucides que l'amitié avait scellés. Léo Ferré a consacré au peintre un texte juste et émouvant :
"Le malheur tient Charles Szymkowicz
par le pinceau et ne le quitte pas.
Sa tête, son coeur, son exploit de vie le tiennent debout
Et c'est dans la perfection de l'horreur
Qu'il peut continuer de traîner ses couleurs
Et ses raisons d'espérer. ..."
(extrait de "Le Malheur")
Au sortir de cette exposition :
Cris
Coeur arraché,
Tête ébouillantée,
Mains tordues,
Langue enragée,
Bave salive,
Rage hurlante,
Mémoire ébullition.
L'Art interpelle, l'art malmène, l'art bouscule, l'art avance, l'art "anarchise", l'art conscientise.
L'art donne à l'homme les moyens d'être HOMME
Pessimisme optimiste
Ou optimisme pessimiste ?
Lumière
Une mère, un enfant...
Tout est dit
Tout est montré
Fleurs de tendresse pudique.
LDP
http://www.szymkowicz-charles.com/Intro.html
jeudi 26 mars 2009
L'amour au jardin - Jean-Pierre Otte.
proposé par Yohan
Comme je l'ai écrit sur la jolie carte accompagnant ce livre : "Intéressant pour les amateurs du genre dont ... je ne fais pas partie". Il faut avoir l'âme naturaliste, le goût de la botanique et de la biologie pour s'enfouir avec plaisir dans cet immense jardin que nous offre Jean-Pierre Otte. Nous y découvrons une vaste copulation chez les fleurs, chez les insectes et parmi toutes ces petites vies dont les habitudes sexuelles nous échappent. Nous y apprenons le mystère intelligent qui se déroule sous nos yeux, bien souvent caché à qui n'a ni le sens de l'observation, ni le goût de s'y pencher. J'ai particulièrement apprécié le chapitre "Passiflore et oiseaux". J'ai trouvé amusante l'idée de l'auteur de nous inviter à devenir abeille dans "L'Iris visité". J'ai jeté un regard suspicieux sur les primevères qui ornent actuellement mes fenêtres en imaginant tout ce qu'elles recèlent et que je ne perçois pas. Mon jardin, au printemps, devenu un lieu de débauche? Il me ferait rougir... :). Le style est dense, parfois un peu trop surchargé. Je n'ai pu m'empêcher, en inconditionnelle de l'écrivain Colette, de penser aux descriptions sensuelles et goûteuses de la nature et du monde animal qu'elle nous livre dans nombre de ses romans...
samedi 21 février 2009
Contes hors du Temps - Charles Van Lerberghe.
proposé par Lau
Blancheur, pâleur, lune, blondeur, eaux, couleurs, musiques, ville gothique, paradis, mélancolie, symboles, suggestions, rêves, Temps parallèle...
Tous les ingrédients de l'imaginaire accompagnent la lecture de ces contes parus entre 1889 et 1906. Nous sommes en pleine période symboliste. Charles Van Lerberghe, dont le nom reste à jamais associé aux merveilleux poèmes de "La Chanson d'Eve" est également l'auteur de ces contes quelque peu oubliés et que les Editions Labor, en les publiant en 1992, ont remis à l'honneur.
La lecture qu'on en fera dépendra de notre propension à nous "laisser aller". Replonger dans un univers onirique est parfois plus difficile à l'âge adulte. La lecture peut aussi s'effectuer comme une découverte de l'histoire de la littérature et d'une époque faisant suite au romantisme auquel Charles Van Lerberghe n'échappe pas.
Des rêves de pureté, des sentiments épurés de vilenie, "d'aspiration" vers une élévation divine d'essence païenne sont le fil conducteur de ces contes à portée philosophique. Nous sommes bien "hors du Temps" dans un Temps parallèle où il ne reste plus de vivant que les personnages de légendes, les rêves des poètes, la Beauté de l'âme, même pas le mot "Dieu"...
Certains touchent, d'autres moins. Tout dépend de notre vibration intérieure, de ce qui nous parle, de ce que nous attendons, de ce que nous avons envie d' entendre.
Pendant toute la lecture, la musique de Debussy m'a accompagnée. Je revoyais aussi ces peintures de Fernand Khnoff qui m'avaient tellement fascinées lors de la rétrospective qui eut lieu à Bruxelles en 2004.
J'imaginais Colette jouant le rôle de Paniska dans "Pan" car ce poète fut aussi un auteur dramatique.
Bref je faisais un bond de cent ans en arrière... Et bien que ce style littéraire ne provoque pas chez moi un engouement énorme, j'y ai pris plaisir. On ne résiste pas à d'aussi beaux vers :
"Il ne faut donc jamais pleurer,
Il ne faut pas désespérer.
La mort n'est rien. Les belles choses
Ont de belles métamorphoses
Tout dans la nature
Est sujet à de sages lois.
Une belle créature
Est immortelle en soi."
"La Belle et la Bête". (dans les "Contes Hors du Temps).
lundi 15 septembre 2008
Le fait du prince - Amélie Nothomb.
Cette splendide couverture met Amélie Nothomb en scène. Mi sorcière, mi fée, c'est un peu la vie que souhaite son héros et que l'opportunité d'une identité usurpée lui offrira. Je donnerai à ce roman le sous-titre de polar fantastique. L'écriture alerte de l'auteure nous emmène haletants d'un bout à l'autre du livre nous demandant à chaque page ce qui va arriver à cet homme qui ne se veut plus et qui tente de pénétrer l'existence d'un autre. Le champagne accompagne cette quête comme il accompagne la belle blonde fausse suédoise dont il ne tardera pas à tomber amoureux. Et leur histoire s'écrira neuve, ardente après que tout se soit révélé. Quelques phrases qui font mouche, un univers clos, des êtres qui se rejoignent, un Amélie Nothomb qui sans doute plaira aux amateurs du genre mais qui, quant à moi, ne sera pas mon préféré...
mercredi 13 août 2008
Journal d'Hirondelle - Amélie Nothomb
Lecture aisée de l'histoire d'Urbain, tueur de vies puisque la sienne n'existe plus. Plus d'émotions, plus de ressentis, plus de raisons d'être, alors... tuons plus qu'il ne faut, froidement, en attente de la récompense sensuelle qui couronnera ses gestes professionnels puisque c'est avec discipline et rigueur qu'il accomplit l'Acte. Cela durera jusqu'au jour où son chemin de tueur à gages croisera celui d'une famille dont il percevra un peu l'intimité. Notamment celle d'une jeune fille dont le geste lui prouvera qu'une femme est aussi capable que lui d'accomplir ce qu'il réalise quasi quotidiennement. Il la tuera. Elle le hantera. Une histoire d'amour posthume se créera. Histoire bafouée par la lecture du journal intime de celle qu'il surnommera Hirondelle et qui s'était muée en meurtrière alors qu'elle exigeait de l'auteur de ses jours la restitution de ses écrits personnels. De Urbain, il deviendra Innocent, ce qui n'est pas innocent... "Un fou mélange les pages", à nous d'en trouver l'ordonnance réelle, la frontière est mince entre normalité et anormalité. Roman plaisant et remuant.
vendredi 6 juin 2008
Eldorado - Bouli Lanners.
Primé à Cannes : prix "Label Europa Cinémas" (meilleur film européen à la Quinzaine des réalisateurs) et prix "Regards jeunes". Il a également reçu le "Prix de la Fipresci (prix de la critique internationale).
Superbe film!
Les intermèdes silencieux parlent autant que les mots, si ce n'est parfois plus. Film sur la dualité entre espérance et déception. Le héros joué par Bouli Lanners touche : marginalité, sensibilité, bonté, on l'aime. La relation qu'il entretient avec le jeune drogué (regard immense comme un marécage boueux, stagnant, dans lequel on lit toute la souffrance et l'humanité bafouée, il séduit) nous pousse à croire en la main tendue qui peut sauver... Leurs échanges, à travers parfois de petits dialogues absurdes et surréalistes, sont intenses. Chacun apprécie l'autre, chacun avec son vécu, ses expériences douloureuses mais le dialogue sera celui d'un sourd (Ah! la profondeur du regard de Bouli Lanners ne voyant pas revenir le copain de déroute, le "chien perdu sans collier"). L'épisode du chien est terrible à supporter : si l'homme est si laid dans ses actes, notamment avec les plus faibles, combien il est difficile de supporter la vie pour les êtres fragilisés. La scène avec la maman est extraordinaire de sensibilité et d'émotions tant sur le plan de la comédienne effondrée sur fond de cris qu'on ne comprend pas (dispute entre père et fils) mais dont on devine toute la portée destructrice. Nous nous trouvons dans un monde de non-dits qui en disent tellement. La portée est universelle tout comme l'histoire (la voiture américaine, les buildings brouillés de cette ville belge que je connais bien...). Un moment d'ironie tendre amène le rire dans la salle suspendue entre ce qui se passe sur l'écran et ce qu'elle ressent : Alain Delon dans la verdeur de sa nudité (rêve par l'appropriation de l'autre, beau, riche, célèbre...). Un film subtil et sobre qui marque les esprits qui veulent entendre et acceptent de voir.
mercredi 19 mars 2008
Thomas Gunzig - Mort d'un parfait bilingue
Terminant ce livre, je me suis questionnée : mais que m'a-t-il apporté? Pas grand chose que je ne sache, je ne ressente, je ne soupçonne. Il se lit cependant très facilement, l'écriture rythmée nous y pousse. L'absurde nous fait sourire voire rire. Les comparaisons, les images interpellent parce qu'elles sont inhabituelles, personnelles, neuves, originales. Voilà bien des qualités, mais l'histoire! Une fois de plus, la nouvelle génération interpelle avec ses récits désabusés ou violents. En cela, n'est-elle pas le reflet de notre société dans laquelle le beau trouve de plus en plus rarement sa place? Bien sûr, tout dans ce roman est exacerbé : la presse, l'audit, l'irrespect jusqu'à l'inhumanité, la pub, la guerre en direct... cela rappelle quelque chose, quelle interpellation! Ce monde en dérive est monnaie courante chez les jeunes romanciers, Thomas Gunzig n'y échappe pas sur le fond. Quant à la forme, il a sa propre marque.
vendredi 7 mars 2008
Le chien jaune - Georges Simenon.
Le chien jaune (1931) - Georges Simenon
Simenon a écrit ceci : "J'ai essayé d'être le plus simple possible, c'est le conseil qui m'a le plus servi dans ma vie. Je dois une fière chandelle à Colette de me l'avoir donné."
Merci Colette, Merci Simenon de l'avoir suivi car c'est ce qui m'a charmée, ce qui a retenu ma lecture et l'a rendue passionnante. Dès la première page, en quelques coups de "plume", sans fioritures inutiles, sans épanchements alourdis, par la seule magie de la suggestion, vous nous transportez dans un Concarneau de 1930, noirci de pluie et de boue, vous nous ouvrez la porte de l'Hôtel de l'Amiral, nos narines reçoivent les odeurs de tabac, d'alcool, de bière, de repas tristes et gras. Nous épions, tapis sans être vus, une frange misérable de la population, les regards sournois de quelques notables dont nous devinons la laideur sous leur dehors de bien-pensants de petite ville de province où chacun se sourit, se déteste, magouille lâchement. Nous suivons Maigret, nous approuvons sa placidité et sa non-méthode qui, en fin de compte, en est une, la sienne. Nous nous réfugions, inquiets, derrière sa silhouette tutélaire, nous ressentons ce qu'il ressent lorsqu'il observe le sordide qui se cache sous les défroques bourgeoises. Nous sommes touchés lorsqu'il s'émeut discrètement face à l'injustice vécue par les plus simples, les âmes pures que l'on salit. Enfin nous approuvons son geste final, quelle humanité chez ce "flic"! J'aime particulièrement ces ambiances à la "Chabrol", bourgeoisie de province, ombres furtives dans les rues, pluie qui tombe à verse, regards qui fuient, atmosphère étrange... Rien que de l'écrire, le frisson me gagne. J'aime, mais de loin, seulement de loin...
samedi 23 février 2008
Ce que Dominique n'a pas su - Jacqueline Harpman
Dominique aime Madeleine
Madeleine ne le sait pas
Julie aime Dominique
Dominique ne le sait pas
Madeleine aime Dominique
Mais il est trop tard
Julie ne dira jamais qu'elle aime Dominique
Julie protège Madeleine...
On pourrait presqu'en faire une ronde. C'est le jeu du "Je sais que tu sais que je sais". Dominique, le roman d'Eugène Fromentin a inspiré ce nouveau roman à Jacqueline Harpman. Julie, la jeune soeur révoltée, qui se marginalisera volontairement dans cette société du XIXe siècle brimant les femmes, société les menant au mariage comme pouliche à l'étalon, nous conte sa version des faits, "Ce que Dominique n'a pas su". Dans un style châtié, les tournures de phrases, les concordances de temps nous enfouissent dans une époque révolue dont l'incidence perdurera dans la mentalité jusque très loin au XXe siècle. C'est donc une histoire qui touche la femme et lui rappelle le dur chemin qu'elle a dû mener pour arriver à se dépêtrer de tous les conditionnements dans lesquels hommes et société l'ont maintenue durant des décennies. L'amour, dit à peu près Madeleine, c'est dans les livres et non dans le mariage. La fidélité dans l'engagement pris la mènera à se sacrifier, voire à mourir. Julie, la cadette, observe, disserte (en elle-même et avec son cousin Olivier) sur la stupidité du système et nous fait comprendre, à nous, ses non-contemporaines, combien il ne fut pas évident d'exister par soi-même. Une femme pouvait-elle penser? Non. Une femme pouvait-elle vivre? Non. Une femme pouvait-elle aimer et connaître les émois amoureux? Non, à peine savait-elle ce que c'était... C'est un livre qui dénonce, c'est un livre qui remue, c'est un livre qui étonne de par le choix d'un roman qui pourrait paraître poussiéreux et qui sous la plume de Jacqueline Harpman, prend une autre couleur. C'est un livre qui fait relativiser nos "désespérances" actuelles. On a envie de relire Dominique et d'aller plus loin dans le parallélisme entre les deux avis. On retrouve chez Jacqueline Harpman les grandes maisons aussi parlantes que les êtres qui y vivent, la médecine (ici à ses balbutiements) et la jeune fille qui regarde et pénètre au coeur de la dualité humaine. La complexité des pensées et des sentiments donne envie d'en discuter...
mercredi 20 février 2008
La Vierge de Bruges - Patrick Weber
Deux choses m'ont attirée, le nom de Bruges et la reproduction de ce portrait de Memling. Certaines peintures ont un mystère qui se promène à travers siècles et l'auteur n'a pu résister à la "Sibylla Sambertha" datée à peu près de 1480 et que l'on peut admirer au Memlingmuseum, Oud Sint Janshospitaal à Bruges. Fasciné, il s'est mis à rêver et à imaginer un polar historique dans lequel apparaissent trois personnages réels dont le peintre et une kyrielle de personnages de roman. Sur fond de la Venise du Nord, nous accompagnons Pieter Linden, jeune apprenti de l'atelier de Memling à travers une enquète que j'ai trouvée simpliste et peu passionnante (je regrettais de ne plus avoir 12 ans, peut-être me serais-je alors délectée?), le style trop convenu m'a ennuyée. Quelques courts moments, la réalité du "Téméraire", son mariage avec Marguerite d'York, quelques paragraphes sur Memling ont réveillé mon intérêt. C'est trop peu...










