vendredi 1 mai 2009
L'instinct d'Inez - Carlos Fuentes.
Il y a une puissance évocatrice et troublante tout au long de ce livre. La Passion et le Temps. La Musique en tant que langage des émotions profondes et primales nimbe tout ce roman du mystère qui entoure non seulement les héros mais également tout être humain en proie à des sentiments contradictoires et renvoyé devant le miroir où il peut plonger au tréfonds de ses doutes, de ses désirs et des méandres du cheminement de chaque individu. La damnation de Faust de Berlioz, brutale, déstabilisante, exprime chaos et rédemption. L'histoire est un prétexte où chacun peut se re/trouver, la musique (à écouter ou réécouter) soutient les mots, les cris, les douleurs de chaque vie racontée par Fuentes. Ce n'est pas un livre qui se donne tout de suite, il faut y revenir. Au détour d'une page, on peut s'y rencontrer...
jeudi 30 avril 2009
Gigi.
Mademoiselle Gigi fait partie au même titre que Claudine, Minne, Julie, Mitsou et bien d'autres, des figures féminines attachantes décrites par Colette. Cette "jeunesse" de quinze ans six mois élevée par des femmes (la grand-mère, la mère et la fameuse tante Alicia au demeurant un peu effrayante) va bouleverser cet univers féminin qui ne fréquente pas "les gens ordinaires, c'est-à-dire inutiles", qui ne tolère pas les hésitations : "Tu t'ennuies chez toi? Ennuie-toi un peu. Ce n'est pas mauvais. L'ennui aide aux décisions.", qui prône que "Le mariage ne nous est pas interdit. Au lieu de se marier "déjà", il arrive qu'on se marie "enfin", qui connaît les bonnes manières, les belles pierres et savent que "Quand une femme connaît les préférences d'un homme, cigares compris, quand un homme sait ce qui plaît à une femme, ils sont bien armés l'un contre l'autre...".
"Et ils se battent, conclut Gilberte d'un air fin."
Parce que Gigi aimera et sera aimée du "tonton Gaston" qui fréquente ce milieu de demi-mondaines. Parce que Gigi, honnête et pure, sera épousée, parce que Gigi rentrera dans l'ordre des choses dites "normales". Colette se serait inspirée d'un petit scandale du début du siècle dans le monde cloisonné des femmes "entretenues". Cela donne une délicieuse nouvelle avec des personnages typés qu'on ne peut s'empêcher d'aimer. A lire en se replaçant dans une époque révolue.
Beaucoup de jeunes comédiennes (au cinéma ou au théâtre) ont prêté leurs traits à ce personnage riche à interpréter. Il y eut Danielle Delorme en 1946, Audrey Hepburn en 1951, Evelyne Ker en 1955, Leslie Caron en 1958 (comédie musicale), Muriel Baptiste en 1965 et plus proche de nous, Juliette Lamboley en 2006 pour la télé.
Il ne faut pas oublier les autres nouvelles qui suivent ce pétillant Gigi. Nous trouvons : "L'enfant malade", délicate et tragique description d'un enfant mourant, "La Dame du photographe", l'insatisfaction d'une vie et le merveilleux "Flore et Pomone", où la grande Colette nous donne rendez-vous sous l'aile plumeuse des mimosas, dans les jardins secrets de Paris, parmi les odeurs des saisons et les chants des oiseaux.

