lundi 20 avril 2009
Epoustouflant Philippe Jaroussky au Théâtre Royal de la Monnaie - Bruxelles.
Ce jeune contre-ténor a reçu une victoire de la musique en 2004 et a été désigné l'artiste lyrique de l'année 2007. Son disque "Carestini" que j'avais précédemment évoqué a obtenu un grand succès.
De passage au Théâtre Royal de la Monnaie à Bruxelles, nous avons pu, Cantus firmus et moi, l'entendre dans des mélodies françaises de Ernest Chausson, Claude Delussy, Gabriel Fauré, César Franck, Reynaldo Hahn, Guillaume Lekeu, Jules Massenet et Camille Saint-Saëns. Il était accompagné au piano par Jérôme Ducros.
L'intelligence de l'artiste réside dans la simplicité avec laquelle il nous présente ces mélodies. Sans cette sobriété, une interprétation excessive pourrait amener un agacement et une lassitude... Son immense talent vocal, son travail (tout paraît si facile), son articulation, sa gestuelle mesurée ont fasciné un public attentif. La magie de la musique et du chant a parfaitement opéré : un Temps hors du Temps. Philippe Jaroussky étonne, on s'était habitué à l'entendre dans du Baroque. Il nous montre une nouvelle facette : les mélodies françaises de la fin du XIXè et du début du XXè. Sa voix tellement pure, ses modulations d'une douceur subtile montrent sans aucune fioriture toutes les facettes unissant musique, chant et texte. C'est un artiste admirable, vrai, naturel, l'acte de communication est total. Il fait corps avec cette voix qu'il possède et qu'il fait "sonner" avec précision et sensibilité, un instrument précieux dont il joue divinement. Il était accompagné par le pianiste Jérôme Ducros qui nous interpréta du Chaminade et un émouvant "Prélude" de César Franck. Le public ne s'y est pas trompé en les applaudissant passionnément et en les rappelant une dizaine de fois... Sans se faire prier, Philippe Jaroussky a rechanté quatre fois... et s'est montré facétieux lorsque dans un chant, il reprit soudain une phrase d'une voix grave, ce qui fit rire le public, créant une véritable connivence. Le quitter fut difficile pour tous les aficionados belges et les touristes venus l'écouter. Après le spectacle, Philippe Jaroussky a accepté en public de se laisser interviewer par deux représentants des "Jeunes amis de la Monnaie" (qui furent d'une aisance verbale déplorable...). Ensuite, infatigable, il s'est soumis au jeu des dédicaces et la file était longue... Et toujours avec cette amabilité, ce calme naturel et ce gentil sourire qui le caractérisent, ce jeune artiste dont la carrière nous promet encore bien des surprises et des découvertes, a signé programmes, disques et affiches pour le plus grand bonheur de tous. Une façon de prolonger ces moments rares...
Il faut voir et entendre Philippe Jaroussky, un univers, un bonheur artistique total. Toutes les dates de concerts sont annoncées sur Internet et elles sont nombreuses! Quant à moi, j'attends son retour en Belgique...
http://www.philippejaroussky.fr/
dimanche 19 avril 2009
Chéri - Stephen Frears.
Il est toujours difficile, après avoir lu et relu une oeuvre depuis de nombreuses années, de se laisser aller... J'avais construit mes propres images, il me fallut un certain temps pour accepter que Léa possède les traits de Michelle Pfeiffer (trop mince, trop raffinée), que les amies de Mme Peloux, la mère de Chéri, soient aussi caricaturales jusqu'à l'outrance, que Chéri (Rupert Friend) soit plus androgyne que je ne l'avais imaginé. Passés ces chocs de lectrice assidue, le film m'a plu. La reconstitution des décors étouffants dans lesquels évoluaient ce demi-monde parisien où l'on déchiquetait à pleines dents faussement souriantes est superbe. On retrouve le texte de Colette mais le style, la patte spirituelle et sensuelle de l'auteur est difficile à goûter pleinement. Je me suis demandée comment les non initiés à l'écrivain et comment la jeune génération allaient ressentir ce livre mis en images, certes belles, mais qui ne rendent pas pleinement l'oeuvre écrite. Elles me semblent compromettre l'envie de la découvrir? Les comédiens rendent bien la déchirure que provoque cet amour impossible mais vrai qui les brisera à jamais. Le film évoque non seulement "Chéri" mais aussi, sans entrer dans les détails du roman, "La Fin de Chéri". Cette femme en marge du "Monde" et du "Demi-monde" devient terriblement humaine devant cet amour, le dernier et le seul, qui la terrasse. Quant à Chéri, pauvre victime... qui vécut dans un monde parallèle que la première guerre mondiale va balayer, il ne se remettra jamais de n'avoir pas trouvé de sens à sa vie et d'avoir aimé d'un amour que le Temps a rendu impossible. Tout cela, le film le montre bien.
Billet sur le livre dans la catégorie "L'oeuvre de Colette".

