Vivre en un jour les quatre saisons

Atmosphères et perceptions ...

samedi 10 mai 2008

La naissance du jour

Num_riser0008 paru en 1928

"Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait? Patience : c'est seulement mon modèle."

"Au cours des heures où je me sens inférieure à tout ce qui m'entoure, menacée par ma propre médiocrité, effrayée de découvrir qu'un muscle perd sa vigueur, un désir sa force, une douleur la trempe affilée de son tranchant,..."

"... debout, aux aguets sur un monde endormi, éveillée, comme elle fut, comme souvent je suis, avant tous..."

"Les chiens, déjà retirés du monde, penseront à l'aube prochaine, et j'aurai le choix entre le livre, le lit, le chemin de côte jalonné de crapaux flûteurs..."

"Aurais-je atteint ici ce que l'on ne recommence point?"

"D'instinct, j'aime acquérir et engranger ce qui promet de durer au-delà de mon terme."

"Car rêver, puis rentrer dans la réalité, ce n'est que changer la place et la gravité d'un scrupule..."

"Une femme se réclame d'autant de pays natals, qu'elle a eu d'amours heureux."

"Souffrir, c'est peut-être un enfantillage, une manière d'occupation sans dignité - j'entends souffrir, quand on est femme par un homme, quand on est homme par une femme."... Ce genre de douleur-là ne mérite aucune considération. Ce n'est pas plus vénérable que la vieillesse et la maladie, pour lesquelles j'acquiers une grande répulsion : toutes deux voudront bientôt me serrer de près. D'avance je me bouche les narines... Les malades d'amour, les trahis, les jaloux doivent sentir la même odeur."

"Un âge vient où il n'est plus donné à une femme que de s'enrichir." (Colette écrit cette phrase au moment où l'amour resurgit dans sa vie)

"M'émerveillerai-je assez des bêtes?"

"Tu sais, on va t'emmener chez Colette, mais on te rappelle qu'elle n'aime pas les cris d'oiseaux, ni les aperçus littéraires..."

"La mort ne m'intéresse pas - la mienne non plus."

"Il est vrai qu'à être souvent dupée je n'ai pas appris la défiance..."

"La catastrophe amoureuse, ses suites, ses phrases, n'ont jamais, en aucun temps, fait partie de la réelle intimité d'une femme."

"Voilà le fruit - à une saison de la vie où je n'accepte que la fleur de tout plaisir et le meilleur de ce qu'il y a de mieux, puisque je ne demande plus rien -..."

"Homme, ma patrie, tu demeures donc l'aîné de mes soucis?"

"Car, si femmes et jeunes filles reçoivent des hommes, sans broncher, des compliments sur les attraits précis de leur corps, une louange féminine les flatte mieux, les pare ensemble d'une gêne et d'un plaisir parfois assez profonds."

"Le desserrement floral de la main d'un nouveau-né."

"Ma journée n'a pas été une douce journée. J'ai encore des jours et des jours devant moi, je suppose ; mais je n'aime plus les gâcher."

"Tous les travaux que je n'aime pas sont ceux qui réclament de la patience. Pour écrire un livre il faut de la patience, et aussi pour apprivoiser un homme en état de sauvagerie, et pour raccommoder du linge usé, et pour trier les raisins de Corinthe destinés au plum-cake. Je n'aurai été ni bonne cuisinière ni bonne épouse, et je coupe les ficelles la plupart du temps au lieu de dénouer les noeuds."

"En ces jours passés je pensais beaucoup à Vial. Aujourd'hui, je pense bien plus à moi, puisque je le regrette..."

Ode à ce livre, sucs et réminiscences, prose et poésie, réalité fiction, louange, chant, chaleur où la fatigue se fait douce et la paresse, un art de vivre... "La naissance du jour" occupe une place à part dans l'oeuvre de Colette. Elle s'y "livre" et se dérobe. Elle nous "livre" bien des sentiments et des réflexions parmi lesquels nous pouvons nous retrouver. Elle nous donne une énergie, un amour de la vie intense, l'envie de la dévorer à tout âge. J'ai lu ce roman (en est-ce un?) dès l'adolescence, il m'apparaissait mystérieusement parlant de choses que je soupçonnais et pour lesquelles je devais me préparer. Une décennie plus tard, la clarté commença à surgir et je fus étonnée lors d'une lecture commune de voir les réactions épidermiques de mon autre. Deux décennies après, nous en goûtons les moindres phrases et en mesurons richesse et sagesse. Puissé-je dans deux décennies me dire "Je suis la fille spirituelle de celle qui écrivit ce livre..."

Posté par Lune de pluie à 09:18 - 5. L'OEUVRE DE COLETTE. - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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